Colère, agressivité et violence

La colère est une émotion. L’agressivité est le produit de la colère. Colère et agressivité ne conduisent pas nécessairement à la violence. À force d’associer colère, agressivité et violence, on en vient souvent à vouloir réprimer l’expression de la colère elle-même. Les émotions jouent le rôle de régulateur et nous informent sur le degré de satisfaction à nos besoins (Larivey 2003). La colère traduit généralement l’insatisfaction, la frustration et le sentiment d’injustice. Des paroles ou des actes perçus comme une menace à nos besoins et à notre estime de nous-mêmes soulèvent la colère. Le sentiment d’être intentionnellement blessé, insulté, trahi ou ridiculisé a le même effet. Des attentes irréalistes, des perceptions erronées, et l’incapacité à se soustraire d’une situation indésirable augmentent les risques d’émergence de la colère.

L’intensité de la colère varie entre l’irritation à une extrémité et la fureur à l’autre. On éprouve généralement de la colère contre un obstacle, mais il arrive que la colère reste sans cible ou vise la mauvaise cible. L’expression de la colère aurait comme effet de soulager la tension. Exprimer sa colère comporte un certain risque. Nous pouvons craindre que l’autre réponde à la confrontation par une agressivité accrue. Une colère excessive exprimée de manière impulsive risque d’avoir un effet destructeur. La colère peut servir à cacher d’autres émotions (comme l’angoisse et l’anxiété) et à expliquer en partie la dépression lorsqu’elle est tournée vers soi. On peut aussi être en colère envers quelqu’un sans jamais lui exprimer directement ses frustrations, ni faire preuve d’agressivité. Dans les cas structurés, on parle d’une personnalité passive-agressive.

L’agressivité est généralement, mais non exclusivement, le produit de la colère. L’agressivité est la manifestation d’une volonté de s’affirmer et de confronter. Elle peut parfois apparaître sans provocation apparente, mais presque toujours avec une cible, responsable ou non de notre frustration (Zaczyk 1998). Toutes les espèces qui développent des liens de fidélité entre partenaires et des attentions privilégiées envers leur descendance sont des espèces dont l’agressivité intraspécifique est aussi très développée (Lorenz 1963). Le lien souffrance – agressivité est fréquemment observable chez les mammifères. Plus un animal est privé de ce qui lui est nécessaire, de nourriture et de partenaire sexuel par exemple, plus il se montre agressif.

L’agressivité serait-elle innée ? Tremblay (1999) a rapporté qu’à l’âge de 17 mois, la moitié de ses sujets d’étude avait bousculé d’autres enfants dans un contexte d’activités libres. On sait que les garçons sont plus colériques et agressifs que les filles dès l’âge de 2 ans. Si on fait entrer de jeunes enfants de 3 ans dans une pièce où sont dispersés le même nombre de jouets, tous identiques, il est peu probable que chacun possède un seul jouet à la sortie de la confrontation. Les uns en auront plusieurs, les autres aucun. Même si nos capacités cognitives nous permettent d’arrêter une impulsion agressive (nous ne frappons pas notre patron ou notre dentiste), beaucoup du lien entre frustration, colère et agressivité échappe à notre attention.

L’agressivité aurait des racines à la fois physiologiques, chimiques, hormonales, génétiques, culturelles et sociales (Berkowitz 1993). La stimulation de certaines parties du cerveau activerait l’agressivité. La stimulation d’une autre partie l’inhiberait. L’augmentation du niveau de testostérone et l’hypoglycémie peuvent augmenter l’agressivité chez une personne. Le processus de socialisation et l’alcool sont d’autres facteurs connus en lien avec l’agressivité. L’attrait pour les sports professionnels chez les hommes agirait comme soupape pour leur permettre d’évacuer leur agressivité. Berkowitz estime que de soudaines situations désagréables génèrent des émotions négatives, incluant un sentiment de colère primitif et des impulsions de lutte, avant même que la personne ait le temps de penser à ce qui se produit et de penser à sa réponse. Bref, seules des explications multifactorielles peuvent rendre compte du fonctionnement des mécanismes qui expliquent l’agressivité, les facteurs culturels jouant à coup sûr un rôle important.

Colère et agressivité ne conduisent pas nécessairement à la violence même si c’est souvent la colère qui sert de déclencheur. Des actes violents sont parfois le résultat du sur – contrôle d’une colère inhibée par des personnes qui ont de la difficulté à affirmer leur agressivité. La violence recouvre un large éventail de comportements humains. On peut inciter quelqu’un à se suicider sans lever le petit doigt. On peut aussi tuer quelqu’un en situation de légitime défense. Tout individu est capable de gestes violents dans certaines conditions, par instinct de survie. La violence est généralement définie comme une atteinte à l’intégrité physique et psychologique de l’autre. Contraindre par la force, l’intimidation ou la menace une personne à faire ce qu’elle ne veut pas ou l’empêcher de faire ce qu’elle veut constitue une atteinte à l’intégrité de cette personne. L’humiliation, le dénigrement, la dévalorisation, la privation, l’isolement, et le contrôle constituent différentes formes de violence (Ouellet et coll. 1998).


Vidal, Gilles. « Pour une approche systémique dans l’évaluation des situations de violence conjugale. Intervention », No 122 : p. 70-79

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s