La persuasion coercitive

La manipulation mentale est l’ensemble des manœuvres visant à modifier les processus décisionnels d’un individu ou d’un groupe social par utilisation de techniques individuelles ou groupales physiques ou psychiques afin de le (ou les) placer sous contrôle partiel ou total de l’auteur de la manipulation. Face à cette définition se pose le problème du degré de manipulation — socialement acceptable ou moralement et éthiquement condamnable.

La coercition est définie comme étant le fait de « retenir ou de contraindre par la force ». Légalement cela implique souvent l’utilisation de la force physique ou de menaces physiques ou légales. Les concepts techniques de la « persuasion coercitive », lesquels sont efficacement contraignants, affaiblissants ou restreignants par l’application graduelle des forces psychologiques.

La persuasion coercitive est une technique d’influence sociale capable de produire des changements substantiels de comportements et d’attitudes appliquée pour provoquer « l’apprentissage » et « la normalisation sociale » au moyen de tactiques coercitives, de persuasion et/ou d’influence manipulative groupale ou interpersonnelle. Elle se distingue par les conditions sous lesquelles elle est pratiquée et par les techniques de manipulation environnementales et interpersonnelles employées pour supprimer des comportements ou croyances particuliers et en entraîner d’autres. La persuasion coercitive ou « réforme de la pensée » peut être définie comme un système coordonné d’influence coercitive et de contrôle du comportement conçu pour manipuler et tromper un individu dans l’intérêt de l’auteur.

On définira la réforme de la pensée comme un changement de croyance dans l’adaptation à la situation; technique utilisant un continuum de recoupement de l’influence sociale basée sur les descriptions de la structure sociale des environnements de réforme de la pensée eux-mêmes. Les éléments qui permettent la distinction d’autres schémas de socialisation qui promeuvent l’observation sont l’attaque psychologique et interpersonnelle pour troubler la notion d’identité personnelle et du Soi, l’utilisation d’un groupe de paires organisé et la pression interpersonnelle, laquelle rehausse la valeur de la conformité; la manipulation de la totalité de l’environnement social du sujet, qui vise à stabiliser les modifications du comportement.

Le contrôle social se caractérise par le contrôle de la communication, la manipulation émotionnelle et comportementale; la conformité au comportement dérivé ou déviant; les sollicitations d’aveux; la manipulation du langage par les clichés; enfin, la réinterprétation de l’émotion et de l’expérience humaine et le sentiment d’infériorité qu’éprouvent ceux soumis à cette technique.

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De la maltraitance perverse

« Nous avons de bonnes raisons de considérer l’agression intra- espèce, dans la situation culturelle historique et technologique actuelle, comme le plus grave de tous les dangers de l’humanité. Mais notre chance d’y faire face ne s’améliore guère, si nous l’acceptons comme quelque chose de métaphysique et d’inéluctable. Il vaut mieux suivre l’enchaînement des causes naturelles. Car c’est toujours grâce à la compréhension de cet enchaînement des causes naturelles que l’homme a pu maîtriser les phénomènes naturels » (Karl Lorenz).

On constate que quand vient le temps de dénoncer une chose, il est possible de se trouver dans une situation, ou selon le type de dénonciation, il y a une psychologisation, médicalisation ou psychiatrisation du Sujet dénonciateur.

Il est donc possible de soumettre un individu à une situation ou la dénonciation devient impossible. D’abord, notons la notion, entre autres, de « labeling », de preuve sociale, de violence psychologique et morale, d’assujetion, de manipulation mentale, de catégorisation, de l’exclusion, de culpabilisation, de stigmatisation, de persuasion coercitive, de « conditionnement aversif », dont l’objectif vise essentiellement à miner la dénonciation, et/ou le dénonciateur, par différentes stratégies.

D’autre part, notons également la maitrise de l’environnement par la personne dénoncée. La personne dénonciatrice peut donc également être soumise à des situations « exceptionnelles », par le dénonciateur, dont les avenues comportementales de la réaction sont connues, ce qui permet d’utiliser la prophétie auto-réalisante, et donc prévoir la réaction du dénonciateur. Cependant, même si cette prophétie ne se réalise pas, le dénoncer peut miser sur le fait qu’habituellement elle se réalise. De plus, compte tenu des circonstances artificieuses, les observateurs extérieurs sont influencés par une perception biaisée de la situation et fonder leurs jugements sur une situation qui est en fait illusoire. Ainsi, les observateurs extérieurs ne peuvent porter un jugement éclairer puisqu’en fait, à la base, les situations « artificieuses » sont provoquées, peut-être même mis en scène.

On peut retrouver ce type de dynamique relationnelle perverse entre les protagonistes d’une situation, elle aussi, devenu perverse. Les observateurs extérieurs, pour eux, analyse et font lecture de la situation sans toutefois pouvoir saisir les subtilités perverses de la dynamique relationnelle tout en se basant sur des stéréotypes, par exemple .

Dans la situation artificieuse,  on attribue donc un rôle à la personne dénonciatrice tout en la soumettant à une ou plusieurs situations exceptionnelles. Ses situations artificieuses sont « mis en scène » dans le but de faire croire en quelque chose qui n’existe pas, ou afin de produire un événement significatif, en fonction par exemple, de la prophétie auto-réalisante.

On utilisera les réactions de la personne dénonciatrice issue des « situations exceptionnelles » en tant que preuve sociale afin de produire une démonstration pseudo-scientifique. On soumettra la personne « à une épée de Damoclès », résultat de la preuve sociale, afin de justifier le comportement et les actions du dénoncé.

On parle donc d’une situation inéquitable, ou le dénonceur ne peut s’exprimer et se faire entendre. Ces situations ne sont pas exclusives aux relations franchement pathologiques, telles que le harcèlement ou la violence conjugale. On pensera à ces personnes qui se sentent obligées de placer un micro, ou une caméra, afin de percer à jour la maltraitance d’une personne âgée, ou d’un enfant lors du gardiennage. Dans ces cas, est-ce seulement une démarche de vérification, ou une démarche à la suite d’impressions, d’intuitions, où on décide carrément de produire une preuve légale. La personne dénonciatrice de la situation de maltraitance, ne pouvant se défendre, sera affublée et étiquetté un « diagnostique » de paranoïaque ou de paranoïde.

Dans le cas de Nathalie Simard, compte tenu de sa crédibilité au moment de la dénonciation, il aurait été fort inopportun de ne pas utiliser une stratégie afin d’obtenir un aveu. Une dénonciation, sans un aveu, aurait été excessivement difficultueuse, peut-être même impossible.

Notons qu’il existe également un phénomène reconnu au Québec de harcèlement psychologique et moral dans les entreprises et en milieu de travail [1,2,3].

Malgré le succès du thème de la violence psychologique et morale, du harcèlement moral, nous constatons que, dans la plupart des cas, les victimes perdent leur travail, présentent des séquelles traumatiques et n’obtiennent pas réparation devant les tribunaux.

Notons également que la violence psychologique et morale peut être produite autant par les femmes que par les hommes, autant en contexte relationnel, familiale, organisationnelle, institutionnelle, professionnelle ou sociétale.

Pour rendre compte de l’existence de violences perverses, il est nécessaire d’identifier des facteurs favorisants de nature individuelle, situationnelle, organisationnelle et sociétale. Toutefois, seule une perspective holistique intégrant et prenant en considération tous ces facteurs et leur interaction dynamique permettrait d’expliquer pleinement et donc de prévoir, l’existence de harcèlement et de violence dans un contexte donnée. Il est donc improbable qu’un cadre théorique unique puisse pleinement rendre compte de toutes les formes de violence.

De plus en plus d’éléments tendent à démontrer l’existence de liens entre l’incidence de harcèlements et de violences, et des facteurs organisationnels tels que le leadership, le changement d’organisation, les tensions organisationnelles, la qualité de l’environnement de travail et des facteurs en relation avec la culture organisationnelle.

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La famille, le lieu de tous les dangers

Lorsque nous entendons les mots « violence conjugale », la plupart d’entre nous ont spontanément en tête la représentation d’un homme en train de battre sa conjointe. La perspective féministe, dans le cadre d’une lutte légitime pour dénoncer la violence faite aux femmes, a contribué à forger notre représentation sociale de la violence conjugale. Cependant, les résultats de plusieurs recherches, tant sur le continent européen qu’américain, semble confirmer certains doutes à l’égard du bien fondé de notre représentation sociale. On se souviendra de la représentation sociale montrant une femme attendant son mari avec un « rouleau à pâte ».

C’est le nouveau mouvement féministe qui, à la fin des années 1960, a soulevé le problème de la violence intrafamiliale exercée contre les femmes et les enfants. Des recherches statistiques au cours des années 1990 ont permis de lever le voile sur le tabou de la violence intrafamiliale. Les recherches et les entretiens menés dans ce cadre avec les victimes de violences révélèrent alors une réalité effrayante (Wetzels et collab.1995 : 120). Quant à la criminologie, la violence intrafamiliale en était la tache aveugle jusqu’à un passé récent (Wetzels et collab.1995 : 120).

Avant de traiter plus en détail de ce phénomène, il faut opérer une distinction entre la violence active et la violence passive (négligence, incurie). La violence active peut prendre plusieurs formes comme la violence physique, l’abus psychologique et moral (humiliation, menace, infantilisation, privation, marginalisation, stigmatisation, coercition, manipulation mentale), l’exploitation financière et matérielle (usage abusif des biens) et la violence à connotation sexuelle. Quant à la violence passive, elle consiste à refuser à la personne des soins nécessaires, de la nourriture ou d’autres articles nécessaires. Même passive, la négligence peut avoir des effets néfastes.

« La notion de violence domestique englobe la violence physique, sexuelle, psychique, sociale et émotionnelle entre des adultes vivants ou ayant vécu une relation proche. Il s’agit en priorité de couples unis par les liens du mariage ou du concubinage ou encore par d’autres liens de parenté » (cité dans Kavemann 2002, trad.).

Une autre définition intègre la violence contre les enfants et les personnes âgées, entre frères et soeurs, ainsi que celle des enfants contre leurs parents : « par violence domestique, nous entendons toute forme de violence ou de menaces de violence physique, psychique ou sexuelle exercée par des personnes partageant ou ayant partagé une relation familiale, conjugale ou similaire » (Schwander 2003).

Ces quelques exemples illustrent la pluralité des approches de la violence domestique, qui n’est pas sans conséquence sur les statistiques, car plus large est la définition, plus vaste est l’ampleur du phénomène (Seith 2003 : 24).

La maltraitance désigne les relations entre personnes entretenant des rapports de force inégaux dans lesquelles la personne dominante recourt régulièrement à ces moyens pour imposer sa volonté et nuit ainsi à la personne dominée (violence et contrôle systématique).

La maltraitance est souvent associée à des problèmes du système familial et ceux-ci étant tous liés dans une certaine mesure à des conséquences au plan du développement. Ainsi, la perspective des sciences sociales se fonde sur des observations, incluant les antécédents et les conséquences de la maltraitance, et ce, dans leur contexte écologique et celle du développement de l’enfant. On classifie généralement la maltraitance à l’égard des enfants en quatre grandes catégories : la violence physique, la négligence, l’abus sexuel et la violence émotive. Le signataire ajoute la violence psychologique et morale, qui recoupe certaines catégories mentionnées précédemment.

La recherche a établi une typologie des conflits relationnels en contexte des systèmes familial. On fait la distinction entre violence situationnelle et violence et contrôle systématique d’un des deux partenaires (Gloor/Meier 2003: 535s).

Dans le cas des actes situationnels ou spontanés, le conflit peut déboucher sur la violence et même parfois la violence grave. Ce type de violence se caractérise par le fait, entre autres, qu’il peut être exercé aussi bien par l’homme que par la femme.

À suivre…

Le Syndrome d’Aliénation Parentale

Lorsqu’un parent aliénant dévalorise l’autre parent qui devient aliéné, et vice versa.

Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) est un concept controversé qui aurait été défini et décrit en 1986 par Richard Gardner, professeur de pédopsychiatrie à l’université de Columbia.

Selon lui, il s’agit d’un désordre psychologique qui atteindrait l’enfant lorsque l’un des parents, ou les deux – sorte de chassé-croisé — effectue sur cet enfant, une pratique d’aliénation systématique de l’autre parent, et causée par l’un ou plusieurs de ces facteurs :

  1. la programmation consciente par l’autre parent (brainwashing), ou les deux;
  2. la programmation inconsciente ou la manipulation de l’autre parent, ou les deux;
  3. certains facteurs au sein de l’enfant;
  4. et certains facteurs situationnels et environnementaux.

Pour en savoir plus sur le syndrome d’aliénation parentale

La violence psychologique a-t-elle un sexe ?

Le terme « agression indirecte »,  d’abord utilisé par Bjorkqvist (2001), désigne un ensemble de gestes susceptibles de blesser quelqu’un psychologiquement. C’est une forme de violence sournoise et cachée qui ne nécessite pas une confrontation directe avec la victime, et vise essentiellement à infliger des blessures psychologiques et sociales aux autres. L’agression indirecte, davantage présent chez les filles que chez les garçons, consiste donc à blesser quelqu’un psychologiquement en détruisant ses relations interpersonnelles et son environnement social, et donc utiliser ses relations interpersonnelles et/ou l’environnement social comme levier d’agression ; l’une des conséquences de la violence indirecte est celle de l’exclusion sociale et de la discrimination. L’agression peut donc prendre diverses formes telles que raconter les secrets de la cible, dégrader ou ridiculiser ou déconsidérer la cible, exclure la cible du groupe ou répandre des rumeurs à son sujet sur des sites de clavardage ou les réseaux sociaux, amener d’autres élèves à ne pas « aimer » la cible. Les conséquences de l’agression indirecte sont dévastatrices et peuvent agir sur le devenir de la cible. Elles s’apparentent d’ailleurs à celles que vivent les personnes victimes de harcèlement psychologique et morale au travail. À long terme, entre autres, plus la victime vit d’épisodes d’agression indirecte, plus elle intègre un discours intérieur irrationnel qui entraîne une perte d’estime de soi, une souffrance psychologique et émotionnelle, anxiété, dépression, troubles relationnels, etc., voire même des conduites d’opposition, de délinquance, etc.

De nos jours, la violence indirecte et la violence psychologique et morale n’a pas de monopole. Certes, l’image de la femme battue, phénomène d’agression directe, peut certes toujours avoir court. Cependant, nous noterons que nous pouvons certainement admettre qu’elle puisse subir une violence psychologique et morale (agression indirecte), et nous pourrons donc imaginer un homme déconfit (vaincu, anéanti) sur un divan par la violence directe, avec une progéniture en état de choc.

Or, la violence indirecte passe souvent inaperçue, car notre société s’est exclusivement penchée sur les phénomènes de violence directe. Parce qu’il existe une certaine méconnaissance de la problématique de violence indirecte, parce que l’on ne considère pas l’exclusion sociale comme une forme d’intimidation, parce que l’on perçoit la victimisation indirecte comme étant moins grave que l’intimidation verbale ou physique, parce que la nature cachée et secrète des gestes la rend difficilement décelable, un effort de sensibilisation s’impose.

En 2008, une méta-analyse de 148 études sur l’agression directe et indirecte des enfants et adolescents ont examiné l’ampleur des différences entre les sexes, les inter-corrélations entre les formes et les associations avec l’inadaptation. Les résultats ont confirmé les conclusions antérieures de différences entre les sexes (favorisant les garçons) à l’agression directe et une différences triviales entre les sexes pour l’agression indirecte. Les résultats ont également indiqué une inter-corrélation importante entre ces formes. D’autre part, cette analyse montre que l’agression directe est plus fortement liée à des problèmes externalisés, à de mauvaises relations avec les pairs et à un faible comportement prosocia,l et l’agression indirecte semblait liée à des problèmes internalisés et au comportement prosocial élevé[1].

Une récente étude (2013) inter-culturelle de 5789 adolescents de six pays (Autriche, Canada, Allemagne, Slovénie, Espagne et Suisse) a montré que selon la déclaration des élèves, ce sont les garçons (46,8 %) qui utilise significativement plus l’agression indirecte contre les pairs que les filles (31,7%) De plus, parce que les femmes ont signalé une probabilité de près de 19 fois plus élevé que les hommes pour l’usage de l’agression indirecte contre leurs pairs de sexe opposé, et donc, les hommes sont de loin les plus susceptibles d’être la cibles de l’agressivité indirecte[2]. Deux chose à comprendre des résultats de ces études, d’une part, selon leurs déclarations, les garçons utilisent plus la violence indirecte que les filles, et ce autant envers les filles et les garçons, d’autre part, chez les filles, l’usage de la violence indirecte est surtout dirigé envers les garçons. Or, semble-t-il, la particularité de la forme d’intimidation que représente « l’agression indirecte » serait différente selon les pays, le sexe, l’âge et la culture. Cela suggère donc que parce que les filles utilisent moins l’agression directe, l’agression indirecte deviens donc plus saillante chez les filles que les garçons, ce qui peut amené à croire que la violence indirecte est l’apanage des filles.

Dans une importante méta-analyse, intégrant environ 300 études sur l’Agression impliquant 190000 participants, Archer (2004) a constaté que l’agression directe était plus prédominant chez les mâles que chez les femelles, et ce, à partir de début de l’enfance jusqu’à l’âge adulte et à travers plusieurs cultures. Pour l’agression indirecte, Archer n’a pas trouvé pour les jeunes adultes de différences entre les sexes (y compris les collégiens), alors que des études sur les adolescents ont signalés plus d’agression indirecte chez les filles. Or, Bettencourt et Miller (1996) ont constaté que, en l’absence de toute provocation, les hommes étaient plus susceptibles d’agresser que ne l’étaient les femmes. Cependant, la provocation atténué significativement cette différence entre les sexes.

Ainsi, les recherches sur la différence sexuelle de l’agressivité chez les adolescents ont produit des résultats plutôt équivoques. Certaines études ont montré que les garçons s’engagent plus volontiers dans l’agression directe que les filles le font, les femmes se livrant à plus d’agression indirecte que les hommes (Björkqvist, Lagerspetz, et Kaukianen, 1992; Österman et al., 1998). Il convient de noter que Björkqvist et coll. ont utilisé des mesures de l’agression déclaré par les pairs [peer ratings] (par opposition aux mesures autodéclarées [self-reported mesures]) dans leurs études chez les adolescents. Contrairement à ces résultats, une étude chez les élèves adolescents espagnols (Toldos 2005) a montré que les garçons s’engagent plus volontiers dans l’agression directe et indirecte que les filles.

L’attention particulière que les chercheurs portent aux conduites agressives des filles est relativement récente. Un tel constat apparaît peu surprenant puisque les actes agressifs sont surtout reconnus pour être le fait des garçons. Certains théoriciens soutiennent que les indicateurs les plus souvent utilisés pour désigner les enfants à risque de développer des conduites antisociales, soit les conduites d’agression directe, ne sont pas nécessairement appropriés pour les filles, dont les conduites agressives se manifestent plutôt sous un autre mode (Feshback, 1969 ; Crick, et al., 1997 ; Craig et Pepler, 1999 ; Ostrov et Keating, 2004). Partir des ragots, raconter les secrets des autres, dégrader, ridiculiser, isoler ou exclure une personne du groupe d’amis, porter atteinte à la réputation, constituent autant de manifestations de ce mode d’agression connu sous le nom d’agression indirecte (Verlaan, 1995; Bjorkqvist et coll., 1992; Owens et coll., 2000), relationnelle (Crick et Grotpeter, 1995 ; Tomada et Schneider, 1997) ou sociale (Cairns et Cairns, 1994; Galen et Underwood, 1997). Cet ensemble de termes dont les définitions varient légèrement d’un auteur à l’autre font sensiblement référence au même phénomène (Bjorkqvist, 2001; Vaillancourt et coll., 2003; Verlaan, 2005).

Les chiffres et les risques évoqués précédemment passent toutefois sous silence que, contrairement à ce que l’on observe chez les garçons, proportionnellement moins de filles ont recours de manière répétitive et persistante à l’agression directe, et ce, particulièrement durant l’enfance. La connaissance des facteurs expliquant le développement de ces conduites chez les filles entre l’enfance et l’adolescence est importante afin de reconnaître précocement les filles les plus à risque de développer ce type de problème et de prévenir son apparition.

Les recherches récentes suggèrent également que les conduites d’agression directe chez les filles, c’est-à-dire les conduites de confrontation avec agression physique ou verbale (Little et coll., 2003), lorsque manifestées durant l’enfance, constituent des indicateurs d’inadaptation sociale tout comme chez les garçons. Les filles qui présentent ce type de problèmes sont plus à risque de connaître un ensemble de difficultés ultérieures, dont des conduites antisociales et des troubles mentaux (somatisation, anxiété, dépression) (Serbin et al.,1991 ; Zoccolillo, 1993 ; Loeber et Keenan, 1994 ; Farrington, 1995 ; Pepler et Sedighdeilam,1998). Elles sont plus susceptibles de vivre le rejet des pairs et des difficultés scolaires (Lancellotta et Vaughn, 1989; Serbin et coll., 1991; Coie et Dodge, 1998), des grossesses précoces, des stress parentaux et de la violence conjugale (Underwood et coll., 1996; Pepler et Sedighdeilam,1998; Serbin et coll., 1998). De tels résultats viennent donc largement justifier l’attention récente que l’on porte aux conduites agressives des filles.

Des travaux sur les différences entre l’agression indirecte et l’agression directe ont révélé d’importantes différences dans la façon dont chacun de ces types de conduites agressives se manifeste selon l’âge et le sexe. Au plan du développement, on peut observer des gestes d’agression physique chez un enfant dès la fin de la première année de vie (Tremblay et coll., 1999; Archer, 2004), tandis que l’agression indirecte est plus apparente lorsque les enfants auront commencé à comprendre la complexité des interactions sociales et les façons (habituellement verbales) de les manipuler. Dès l’âge de 4 ans, il est possible d’observer la manifestation rudimentaire de comportements d’agression indirecte chez les enfants (Crick et coll., 1999). Les filles qui utilisent l’agression indirecte désirent infliger des blessures émotives et sociales aux autres (Galen et Underwood, 1997 ; Owens et al., 2000). Les comportements de diffamation et d’exclusion servent, en outre, à renforcer leur propre statut social dans le groupe d’affiliation (Merten, 1997). Plusieurs travaux restent néanmoins à faire avant de déterminer si les conduites répétitives et persistantes d’agression indirecte constituent un indicateur d’inadaptation psychosociale future, comme peut l’être l’agression directe.

Si, par leur nature, les conduites d’agression indirecte passent souvent inaperçues, les effets de ce mode d’agression peuvent être percutants. Pour plusieurs victimes, en effet, la souffrance et l’humiliation engendrées par l’agression indirecte ne sont pas épisodiques et peuvent persister au fil des années : la victime n’a pas seulement à composer avec des ragots et des mensonges, mais aussi avec l’isolement, la solitude et le rejet (Underwood, 2003).

Somme toute, l’agressivité semble pareillement présente et courante autant chez les garçons que chez les filles, et semble, en bas âge, prendre la forme d’agression physique directe (qui débute plus tôt et qui est plus fréquent chez les garçons) et change progressivement avec l’âge vers une forme de violence verbale et vers une agressivité indirecte et passive (qui débute plus tôt chez les filles). L’agressivité directe semble être privilégiée chez les hommes, et ce, tout au long de la vie.

Comme la socialisation de l’agressivité se produit pendant les années préscolaires, cette période semble cruciale pour la réduction (prévention) et pour la cristallisation de l’agressivité. Les programmes d’intervention et de prévention de la violence surviennent souvent trop tard dans le processus développemental de l’agressivité; il faut donc agir en amont du cycle de développement de la progéniture. En travaillant sur le parenting des parents, et le développement des enfants, leurs compétences sociales et affectives, il est possible d’améliorer le développement global, et l’apparition précoce de l’agressivité peut ainsi être considérablement réduite.

Voir : Les femmes aussi violentes que les hommes - CyberPresse.ca, Yves Dalpé, Coin du Psy - http://bit.ly/13xiEC6

SOURCE

Arcand, S., Lanctôt, N., Landreville, P. (2005). « Filles et déviance : perspective développementales », Les presses de l’Université de Montréal, Volume 38, numéro 1, Printemps 2005, p. 9-37.

Verlaan, P., Dery, M., Toupin, J., & Pauze, R. (January 01, 2005). « L’agression indirecte: un indicateur d’inadaptation psychosociale chez les filles ?« , Criminologie, 38, 1, 9.

Verlaan, Pierrette, Déry, Michèle, Toupin, Jean, & Pauzé, Robert. (2005). « L’agression indirecte : un indicateur d’inadaptation psychosociale chez les filles ? », Les Presses de l’Université de Montréal.

Comité Québécois pour les jeunes en difficulté de comportement (2004). « L’agression indirecte : cette violence qu’on ne voit pas« , La foucade, volume 4, no. 2, juin 2004.

Bjorkqvist, K. (2001). « Different Names, Same Issue. Social Development« , 10(2), 272-74.

Marks, A. D., Hine, D. W., Manton, G. C., & Thorsteinsson, E. B. (2012). Can Outcome Expectancies Help Explain Sex Differences in Direct and Indirect Aggression?. Journal of Applied Social Psychology, 42(1), 151-169.

Dutt, D., Pandey, G. K., Pal, D., Hazra, S., & Dey, T. K. (2013). Magnitude, types and sex differentials of aggressive behaviour among school children in a rural area of West Bengal. Indian Journal of Community Medicine, 38(2), 109.

[1] Card, N. A., Stucky, B. D., Sawalani, G. M., & Little, T. D. (2008). « Direct and indirect aggression during childhood and adolescence: A meta‐analytic review of gender differences, intercorrelations, and relations to maladjustment« , Child development, 79(5), 1185-1229, [http://1.usa.gov/16vpgyP].

[2] Artz, S., Kassis, W., & Moldenhauer, S. (2013). « Rethinking Indirect Aggression: The End of the Mean Girl Myth« , Victims & Offenders, 8(3), 308-328.

[3] Swearer, S. (2008). « A New Definition And Scales For Indirect Aggression In Schools« , International Journal, 4.