La persuasion coercitive

La manipulation mentale est l’ensemble des manœuvres visant à modifier les processus décisionnels d’un individu ou d’un groupe social par utilisation de techniques individuelles ou groupales physiques ou psychiques afin de le (ou les) placer sous contrôle partiel ou total de l’auteur de la manipulation. Face à cette définition se pose le problème du degré de manipulation — socialement acceptable ou moralement et éthiquement condamnable.

La coercition est définie comme étant le fait de « retenir ou de contraindre par la force ». Légalement cela implique souvent l’utilisation de la force physique ou de menaces physiques ou légales. Les concepts techniques de la « persuasion coercitive », lesquels sont efficacement contraignants, affaiblissants ou restreignants par l’application graduelle des forces psychologiques.

La persuasion coercitive est une technique d’influence sociale capable de produire des changements substantiels de comportements et d’attitudes appliquée pour provoquer « l’apprentissage » et « la normalisation sociale » au moyen de tactiques coercitives, de persuasion et/ou d’influence manipulative groupale ou interpersonnelle. Elle se distingue par les conditions sous lesquelles elle est pratiquée et par les techniques de manipulation environnementales et interpersonnelles employées pour supprimer des comportements ou croyances particuliers et en entraîner d’autres. La persuasion coercitive ou « réforme de la pensée » peut être définie comme un système coordonné d’influence coercitive et de contrôle du comportement conçu pour manipuler et tromper un individu dans l’intérêt de l’auteur.

On définira la réforme de la pensée comme un changement de croyance dans l’adaptation à la situation; technique utilisant un continuum de recoupement de l’influence sociale basée sur les descriptions de la structure sociale des environnements de réforme de la pensée eux-mêmes. Les éléments qui permettent la distinction d’autres schémas de socialisation qui promeuvent l’observation sont l’attaque psychologique et interpersonnelle pour troubler la notion d’identité personnelle et du Soi, l’utilisation d’un groupe de paires organisé et la pression interpersonnelle, laquelle rehausse la valeur de la conformité; la manipulation de la totalité de l’environnement social du sujet, qui vise à stabiliser les modifications du comportement.

Le contrôle social se caractérise par le contrôle de la communication, la manipulation émotionnelle et comportementale; la conformité au comportement dérivé ou déviant; les sollicitations d’aveux; la manipulation du langage par les clichés; enfin, la réinterprétation de l’émotion et de l’expérience humaine et le sentiment d’infériorité qu’éprouvent ceux soumis à cette technique.

Pour en savoir plus, consultez la page sur la persuation coercitives

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De la maltraitance perverse

« Nous avons de bonnes raisons de considérer l’agression intra- espèce, dans la situation culturelle historique et technologique actuelle, comme le plus grave de tous les dangers de l’humanité. Mais notre chance d’y faire face ne s’améliore guère, si nous l’acceptons comme quelque chose de métaphysique et d’inéluctable. Il vaut mieux suivre l’enchaînement des causes naturelles. Car c’est toujours grâce à la compréhension de cet enchaînement des causes naturelles que l’homme a pu maîtriser les phénomènes naturels » (Karl Lorenz).

On constate que quand vient le temps de dénoncer une chose, il est possible de se trouver dans une situation, ou selon le type de dénonciation, il y a une psychologisation, médicalisation ou psychiatrisation du Sujet dénonciateur.

Il est donc possible de soumettre un individu à une situation ou la dénonciation devient impossible. D’abord, notons la notion, entre autres, de « labeling », de preuve sociale, de violence psychologique et morale, d’assujetion, de manipulation mentale, de catégorisation, de l’exclusion, de culpabilisation, de stigmatisation, de persuasion coercitive, de « conditionnement aversif », dont l’objectif vise essentiellement à miner la dénonciation, et/ou le dénonciateur, par différentes stratégies.

D’autre part, notons également la maitrise de l’environnement par la personne dénoncée. La personne dénonciatrice peut donc également être soumise à des situations « exceptionnelles », par le dénonciateur, dont les avenues comportementales de la réaction sont connues, ce qui permet d’utiliser la prophétie auto-réalisante, et donc prévoir la réaction du dénonciateur. Cependant, même si cette prophétie ne se réalise pas, le dénoncer peut miser sur le fait qu’habituellement elle se réalise. De plus, compte tenu des circonstances artificieuses, les observateurs extérieurs sont influencés par une perception biaisée de la situation et fonder leurs jugements sur une situation qui est en fait illusoire. Ainsi, les observateurs extérieurs ne peuvent porter un jugement éclairer puisqu’en fait, à la base, les situations « artificieuses » sont provoquées, peut-être même mis en scène.

On peut retrouver ce type de dynamique relationnelle perverse entre les protagonistes d’une situation, elle aussi, devenu perverse. Les observateurs extérieurs, pour eux, analyse et font lecture de la situation sans toutefois pouvoir saisir les subtilités perverses de la dynamique relationnelle tout en se basant sur des stéréotypes, par exemple .

Dans la situation artificieuse,  on attribue donc un rôle à la personne dénonciatrice tout en la soumettant à une ou plusieurs situations exceptionnelles. Ses situations artificieuses sont « mis en scène » dans le but de faire croire en quelque chose qui n’existe pas, ou afin de produire un événement significatif, en fonction par exemple, de la prophétie auto-réalisante.

On utilisera les réactions de la personne dénonciatrice issue des « situations exceptionnelles » en tant que preuve sociale afin de produire une démonstration pseudo-scientifique. On soumettra la personne « à une épée de Damoclès », résultat de la preuve sociale, afin de justifier le comportement et les actions du dénoncé.

On parle donc d’une situation inéquitable, ou le dénonceur ne peut s’exprimer et se faire entendre. Ces situations ne sont pas exclusives aux relations franchement pathologiques, telles que le harcèlement ou la violence conjugale. On pensera à ces personnes qui se sentent obligées de placer un micro, ou une caméra, afin de percer à jour la maltraitance d’une personne âgée, ou d’un enfant lors du gardiennage. Dans ces cas, est-ce seulement une démarche de vérification, ou une démarche à la suite d’impressions, d’intuitions, où on décide carrément de produire une preuve légale. La personne dénonciatrice de la situation de maltraitance, ne pouvant se défendre, sera affublée et étiquetté un « diagnostique » de paranoïaque ou de paranoïde.

Dans le cas de Nathalie Simard, compte tenu de sa crédibilité au moment de la dénonciation, il aurait été fort inopportun de ne pas utiliser une stratégie afin d’obtenir un aveu. Une dénonciation, sans un aveu, aurait été excessivement difficultueuse, peut-être même impossible.

Notons qu’il existe également un phénomène reconnu au Québec de harcèlement psychologique et moral dans les entreprises et en milieu de travail [1,2,3].

Malgré le succès du thème de la violence psychologique et morale, du harcèlement moral, nous constatons que, dans la plupart des cas, les victimes perdent leur travail, présentent des séquelles traumatiques et n’obtiennent pas réparation devant les tribunaux.

Notons également que la violence psychologique et morale peut être produite autant par les femmes que par les hommes, autant en contexte relationnel, familiale, organisationnelle, institutionnelle, professionnelle ou sociétale.

Pour rendre compte de l’existence de violences perverses, il est nécessaire d’identifier des facteurs favorisants de nature individuelle, situationnelle, organisationnelle et sociétale. Toutefois, seule une perspective holistique intégrant et prenant en considération tous ces facteurs et leur interaction dynamique permettrait d’expliquer pleinement et donc de prévoir, l’existence de harcèlement et de violence dans un contexte donnée. Il est donc improbable qu’un cadre théorique unique puisse pleinement rendre compte de toutes les formes de violence.

De plus en plus d’éléments tendent à démontrer l’existence de liens entre l’incidence de harcèlements et de violences, et des facteurs organisationnels tels que le leadership, le changement d’organisation, les tensions organisationnelles, la qualité de l’environnement de travail et des facteurs en relation avec la culture organisationnelle.

Pour en savoir plus :

La famille, le lieu de tous les dangers

Lorsque nous entendons les mots « violence conjugale », la plupart d’entre nous ont spontanément en tête la représentation d’un homme en train de battre sa conjointe. La perspective féministe, dans le cadre d’une lutte légitime pour dénoncer la violence faite aux femmes, a contribué à forger notre représentation sociale de la violence conjugale. Cependant, les résultats de plusieurs recherches, tant sur le continent européen qu’américain, semble confirmer certains doutes à l’égard du bien fondé de notre représentation sociale. On se souviendra de la représentation sociale montrant une femme attendant son mari avec un « rouleau à pâte ».

C’est le nouveau mouvement féministe qui, à la fin des années 1960, a soulevé le problème de la violence intrafamiliale exercée contre les femmes et les enfants. Des recherches statistiques au cours des années 1990 ont permis de lever le voile sur le tabou de la violence intrafamiliale. Les recherches et les entretiens menés dans ce cadre avec les victimes de violences révélèrent alors une réalité effrayante (Wetzels et collab.1995 : 120). Quant à la criminologie, la violence intrafamiliale en était la tache aveugle jusqu’à un passé récent (Wetzels et collab.1995 : 120).

Avant de traiter plus en détail de ce phénomène, il faut opérer une distinction entre la violence active et la violence passive (négligence, incurie). La violence active peut prendre plusieurs formes comme la violence physique, l’abus psychologique et moral (humiliation, menace, infantilisation, privation, marginalisation, stigmatisation, coercition, manipulation mentale), l’exploitation financière et matérielle (usage abusif des biens) et la violence à connotation sexuelle. Quant à la violence passive, elle consiste à refuser à la personne des soins nécessaires, de la nourriture ou d’autres articles nécessaires. Même passive, la négligence peut avoir des effets néfastes.

« La notion de violence domestique englobe la violence physique, sexuelle, psychique, sociale et émotionnelle entre des adultes vivants ou ayant vécu une relation proche. Il s’agit en priorité de couples unis par les liens du mariage ou du concubinage ou encore par d’autres liens de parenté » (cité dans Kavemann 2002, trad.).

Une autre définition intègre la violence contre les enfants et les personnes âgées, entre frères et soeurs, ainsi que celle des enfants contre leurs parents : « par violence domestique, nous entendons toute forme de violence ou de menaces de violence physique, psychique ou sexuelle exercée par des personnes partageant ou ayant partagé une relation familiale, conjugale ou similaire » (Schwander 2003).

Ces quelques exemples illustrent la pluralité des approches de la violence domestique, qui n’est pas sans conséquence sur les statistiques, car plus large est la définition, plus vaste est l’ampleur du phénomène (Seith 2003 : 24).

La maltraitance désigne les relations entre personnes entretenant des rapports de force inégaux dans lesquelles la personne dominante recourt régulièrement à ces moyens pour imposer sa volonté et nuit ainsi à la personne dominée (violence et contrôle systématique).

La maltraitance est souvent associée à des problèmes du système familial et ceux-ci étant tous liés dans une certaine mesure à des conséquences au plan du développement. Ainsi, la perspective des sciences sociales se fonde sur des observations, incluant les antécédents et les conséquences de la maltraitance, et ce, dans leur contexte écologique et celle du développement de l’enfant. On classifie généralement la maltraitance à l’égard des enfants en quatre grandes catégories : la violence physique, la négligence, l’abus sexuel et la violence émotive. Le signataire ajoute la violence psychologique et morale, qui recoupe certaines catégories mentionnées précédemment.

La recherche a établi une typologie des conflits relationnels en contexte des systèmes familial. On fait la distinction entre violence situationnelle et violence et contrôle systématique d’un des deux partenaires (Gloor/Meier 2003: 535s).

Dans le cas des actes situationnels ou spontanés, le conflit peut déboucher sur la violence et même parfois la violence grave. Ce type de violence se caractérise par le fait, entre autres, qu’il peut être exercé aussi bien par l’homme que par la femme.

À suivre…

La violence psychologique a-t-elle un sexe ?

Le terme « agression indirecte »,  d’abord utilisé par Bjorkqvist (2001), désigne un ensemble de gestes susceptibles de blesser quelqu’un psychologiquement. C’est une forme de violence sournoise et cachée qui ne nécessite pas une confrontation directe avec la victime, et vise essentiellement à infliger des blessures psychologiques et sociales aux autres. L’agression indirecte, davantage présent chez les filles que chez les garçons, consiste donc à blesser quelqu’un psychologiquement en détruisant ses relations interpersonnelles et son environnement social, et donc utiliser ses relations interpersonnelles et/ou l’environnement social comme levier d’agression ; l’une des conséquences de la violence indirecte est celle de l’exclusion sociale et de la discrimination. L’agression peut donc prendre diverses formes telles que raconter les secrets de la cible, dégrader ou ridiculiser ou déconsidérer la cible, exclure la cible du groupe ou répandre des rumeurs à son sujet sur des sites de clavardage ou les réseaux sociaux, amener d’autres élèves à ne pas « aimer » la cible. Les conséquences de l’agression indirecte sont dévastatrices et peuvent agir sur le devenir de la cible. Elles s’apparentent d’ailleurs à celles que vivent les personnes victimes de harcèlement psychologique et morale au travail. À long terme, entre autres, plus la victime vit d’épisodes d’agression indirecte, plus elle intègre un discours intérieur irrationnel qui entraîne une perte d’estime de soi, une souffrance psychologique et émotionnelle, anxiété, dépression, troubles relationnels, etc., voire même des conduites d’opposition, de délinquance, etc.

De nos jours, la violence indirecte et la violence psychologique et morale n’a pas de monopole. Certes, l’image de la femme battue, phénomène d’agression directe, peut certes toujours avoir court. Cependant, nous noterons que nous pouvons certainement admettre qu’elle puisse subir une violence psychologique et morale (agression indirecte), et nous pourrons donc imaginer un homme déconfit (vaincu, anéanti) sur un divan par la violence directe, avec une progéniture en état de choc.

Or, la violence indirecte passe souvent inaperçue, car notre société s’est exclusivement penchée sur les phénomènes de violence directe. Parce qu’il existe une certaine méconnaissance de la problématique de violence indirecte, parce que l’on ne considère pas l’exclusion sociale comme une forme d’intimidation, parce que l’on perçoit la victimisation indirecte comme étant moins grave que l’intimidation verbale ou physique, parce que la nature cachée et secrète des gestes la rend difficilement décelable, un effort de sensibilisation s’impose.

En 2008, une méta-analyse de 148 études sur l’agression directe et indirecte des enfants et adolescents ont examiné l’ampleur des différences entre les sexes, les inter-corrélations entre les formes et les associations avec l’inadaptation. Les résultats ont confirmé les conclusions antérieures de différences entre les sexes (favorisant les garçons) à l’agression directe et une différences triviales entre les sexes pour l’agression indirecte. Les résultats ont également indiqué une inter-corrélation importante entre ces formes. D’autre part, cette analyse montre que l’agression directe est plus fortement liée à des problèmes externalisés, à de mauvaises relations avec les pairs et à un faible comportement prosocia,l et l’agression indirecte semblait liée à des problèmes internalisés et au comportement prosocial élevé[1].

Une récente étude (2013) inter-culturelle de 5789 adolescents de six pays (Autriche, Canada, Allemagne, Slovénie, Espagne et Suisse) a montré que selon la déclaration des élèves, ce sont les garçons (46,8 %) qui utilise significativement plus l’agression indirecte contre les pairs que les filles (31,7%) De plus, parce que les femmes ont signalé une probabilité de près de 19 fois plus élevé que les hommes pour l’usage de l’agression indirecte contre leurs pairs de sexe opposé, et donc, les hommes sont de loin les plus susceptibles d’être la cibles de l’agressivité indirecte[2]. Deux chose à comprendre des résultats de ces études, d’une part, selon leurs déclarations, les garçons utilisent plus la violence indirecte que les filles, et ce autant envers les filles et les garçons, d’autre part, chez les filles, l’usage de la violence indirecte est surtout dirigé envers les garçons. Or, semble-t-il, la particularité de la forme d’intimidation que représente « l’agression indirecte » serait différente selon les pays, le sexe, l’âge et la culture. Cela suggère donc que parce que les filles utilisent moins l’agression directe, l’agression indirecte deviens donc plus saillante chez les filles que les garçons, ce qui peut amené à croire que la violence indirecte est l’apanage des filles.

Dans une importante méta-analyse, intégrant environ 300 études sur l’Agression impliquant 190000 participants, Archer (2004) a constaté que l’agression directe était plus prédominant chez les mâles que chez les femelles, et ce, à partir de début de l’enfance jusqu’à l’âge adulte et à travers plusieurs cultures. Pour l’agression indirecte, Archer n’a pas trouvé pour les jeunes adultes de différences entre les sexes (y compris les collégiens), alors que des études sur les adolescents ont signalés plus d’agression indirecte chez les filles. Or, Bettencourt et Miller (1996) ont constaté que, en l’absence de toute provocation, les hommes étaient plus susceptibles d’agresser que ne l’étaient les femmes. Cependant, la provocation atténué significativement cette différence entre les sexes.

Ainsi, les recherches sur la différence sexuelle de l’agressivité chez les adolescents ont produit des résultats plutôt équivoques. Certaines études ont montré que les garçons s’engagent plus volontiers dans l’agression directe que les filles le font, les femmes se livrant à plus d’agression indirecte que les hommes (Björkqvist, Lagerspetz, et Kaukianen, 1992; Österman et al., 1998). Il convient de noter que Björkqvist et coll. ont utilisé des mesures de l’agression déclaré par les pairs [peer ratings] (par opposition aux mesures autodéclarées [self-reported mesures]) dans leurs études chez les adolescents. Contrairement à ces résultats, une étude chez les élèves adolescents espagnols (Toldos 2005) a montré que les garçons s’engagent plus volontiers dans l’agression directe et indirecte que les filles.

L’attention particulière que les chercheurs portent aux conduites agressives des filles est relativement récente. Un tel constat apparaît peu surprenant puisque les actes agressifs sont surtout reconnus pour être le fait des garçons. Certains théoriciens soutiennent que les indicateurs les plus souvent utilisés pour désigner les enfants à risque de développer des conduites antisociales, soit les conduites d’agression directe, ne sont pas nécessairement appropriés pour les filles, dont les conduites agressives se manifestent plutôt sous un autre mode (Feshback, 1969 ; Crick, et al., 1997 ; Craig et Pepler, 1999 ; Ostrov et Keating, 2004). Partir des ragots, raconter les secrets des autres, dégrader, ridiculiser, isoler ou exclure une personne du groupe d’amis, porter atteinte à la réputation, constituent autant de manifestations de ce mode d’agression connu sous le nom d’agression indirecte (Verlaan, 1995; Bjorkqvist et coll., 1992; Owens et coll., 2000), relationnelle (Crick et Grotpeter, 1995 ; Tomada et Schneider, 1997) ou sociale (Cairns et Cairns, 1994; Galen et Underwood, 1997). Cet ensemble de termes dont les définitions varient légèrement d’un auteur à l’autre font sensiblement référence au même phénomène (Bjorkqvist, 2001; Vaillancourt et coll., 2003; Verlaan, 2005).

Les chiffres et les risques évoqués précédemment passent toutefois sous silence que, contrairement à ce que l’on observe chez les garçons, proportionnellement moins de filles ont recours de manière répétitive et persistante à l’agression directe, et ce, particulièrement durant l’enfance. La connaissance des facteurs expliquant le développement de ces conduites chez les filles entre l’enfance et l’adolescence est importante afin de reconnaître précocement les filles les plus à risque de développer ce type de problème et de prévenir son apparition.

Les recherches récentes suggèrent également que les conduites d’agression directe chez les filles, c’est-à-dire les conduites de confrontation avec agression physique ou verbale (Little et coll., 2003), lorsque manifestées durant l’enfance, constituent des indicateurs d’inadaptation sociale tout comme chez les garçons. Les filles qui présentent ce type de problèmes sont plus à risque de connaître un ensemble de difficultés ultérieures, dont des conduites antisociales et des troubles mentaux (somatisation, anxiété, dépression) (Serbin et al.,1991 ; Zoccolillo, 1993 ; Loeber et Keenan, 1994 ; Farrington, 1995 ; Pepler et Sedighdeilam,1998). Elles sont plus susceptibles de vivre le rejet des pairs et des difficultés scolaires (Lancellotta et Vaughn, 1989; Serbin et coll., 1991; Coie et Dodge, 1998), des grossesses précoces, des stress parentaux et de la violence conjugale (Underwood et coll., 1996; Pepler et Sedighdeilam,1998; Serbin et coll., 1998). De tels résultats viennent donc largement justifier l’attention récente que l’on porte aux conduites agressives des filles.

Des travaux sur les différences entre l’agression indirecte et l’agression directe ont révélé d’importantes différences dans la façon dont chacun de ces types de conduites agressives se manifeste selon l’âge et le sexe. Au plan du développement, on peut observer des gestes d’agression physique chez un enfant dès la fin de la première année de vie (Tremblay et coll., 1999; Archer, 2004), tandis que l’agression indirecte est plus apparente lorsque les enfants auront commencé à comprendre la complexité des interactions sociales et les façons (habituellement verbales) de les manipuler. Dès l’âge de 4 ans, il est possible d’observer la manifestation rudimentaire de comportements d’agression indirecte chez les enfants (Crick et coll., 1999). Les filles qui utilisent l’agression indirecte désirent infliger des blessures émotives et sociales aux autres (Galen et Underwood, 1997 ; Owens et al., 2000). Les comportements de diffamation et d’exclusion servent, en outre, à renforcer leur propre statut social dans le groupe d’affiliation (Merten, 1997). Plusieurs travaux restent néanmoins à faire avant de déterminer si les conduites répétitives et persistantes d’agression indirecte constituent un indicateur d’inadaptation psychosociale future, comme peut l’être l’agression directe.

Si, par leur nature, les conduites d’agression indirecte passent souvent inaperçues, les effets de ce mode d’agression peuvent être percutants. Pour plusieurs victimes, en effet, la souffrance et l’humiliation engendrées par l’agression indirecte ne sont pas épisodiques et peuvent persister au fil des années : la victime n’a pas seulement à composer avec des ragots et des mensonges, mais aussi avec l’isolement, la solitude et le rejet (Underwood, 2003).

Somme toute, l’agressivité semble pareillement présente et courante autant chez les garçons que chez les filles, et semble, en bas âge, prendre la forme d’agression physique directe (qui débute plus tôt et qui est plus fréquent chez les garçons) et change progressivement avec l’âge vers une forme de violence verbale et vers une agressivité indirecte et passive (qui débute plus tôt chez les filles). L’agressivité directe semble être privilégiée chez les hommes, et ce, tout au long de la vie.

Comme la socialisation de l’agressivité se produit pendant les années préscolaires, cette période semble cruciale pour la réduction (prévention) et pour la cristallisation de l’agressivité. Les programmes d’intervention et de prévention de la violence surviennent souvent trop tard dans le processus développemental de l’agressivité; il faut donc agir en amont du cycle de développement de la progéniture. En travaillant sur le parenting des parents, et le développement des enfants, leurs compétences sociales et affectives, il est possible d’améliorer le développement global, et l’apparition précoce de l’agressivité peut ainsi être considérablement réduite.

Voir : Les femmes aussi violentes que les hommes - CyberPresse.ca, Yves Dalpé, Coin du Psy - http://bit.ly/13xiEC6

SOURCE

Arcand, S., Lanctôt, N., Landreville, P. (2005). « Filles et déviance : perspective développementales », Les presses de l’Université de Montréal, Volume 38, numéro 1, Printemps 2005, p. 9-37.

Verlaan, P., Dery, M., Toupin, J., & Pauze, R. (January 01, 2005). « L’agression indirecte: un indicateur d’inadaptation psychosociale chez les filles ?« , Criminologie, 38, 1, 9.

Verlaan, Pierrette, Déry, Michèle, Toupin, Jean, & Pauzé, Robert. (2005). « L’agression indirecte : un indicateur d’inadaptation psychosociale chez les filles ? », Les Presses de l’Université de Montréal.

Comité Québécois pour les jeunes en difficulté de comportement (2004). « L’agression indirecte : cette violence qu’on ne voit pas« , La foucade, volume 4, no. 2, juin 2004.

Bjorkqvist, K. (2001). « Different Names, Same Issue. Social Development« , 10(2), 272-74.

Marks, A. D., Hine, D. W., Manton, G. C., & Thorsteinsson, E. B. (2012). Can Outcome Expectancies Help Explain Sex Differences in Direct and Indirect Aggression?. Journal of Applied Social Psychology, 42(1), 151-169.

Dutt, D., Pandey, G. K., Pal, D., Hazra, S., & Dey, T. K. (2013). Magnitude, types and sex differentials of aggressive behaviour among school children in a rural area of West Bengal. Indian Journal of Community Medicine, 38(2), 109.

[1] Card, N. A., Stucky, B. D., Sawalani, G. M., & Little, T. D. (2008). « Direct and indirect aggression during childhood and adolescence: A meta‐analytic review of gender differences, intercorrelations, and relations to maladjustment« , Child development, 79(5), 1185-1229, [http://1.usa.gov/16vpgyP].

[2] Artz, S., Kassis, W., & Moldenhauer, S. (2013). « Rethinking Indirect Aggression: The End of the Mean Girl Myth« , Victims & Offenders, 8(3), 308-328.

[3] Swearer, S. (2008). « A New Definition And Scales For Indirect Aggression In Schools« , International Journal, 4.

Subir la manipulation perverse : les symptômes et les parades

Sommaire

NOTION DE MANIPULATION

« La manipulation peut revêtir de nombreux masques. En être la cible peut être excessivement dommageable. Il est donc précieux de pouvoir s’en rendre compte le plus tôt possible et de disposer des outils utiles pour y parer. »

« La procédure en effet n’est pas seulement secrète pour le public, elle l’est aussi pour l’accusé » Kafka, le procès.

Le Petit Robert définit le verbe manipuler comme étant « influencer habilement (un groupe ou un individu) pour le faire penser et agir comme on le souhaite ». Quelle que soit la forme que prend la manipulation (flatterie, pleurs, incitation, bouderie, séduction, etc.), elle comporte toujours une série d’attitudes et de propos qui visent à faire faire à l’autre certaines choses qu’il ne souhaite pas, et ce, si possible, sans qu’il s’en rende compte. La manipulation est donc une manœuvre consciente ou inconsciente qui vise à dominer une autre personne pour en retirer certains avantages. Elle implique un rapport de pouvoir de dominant à dominé et un rapport d’exploitation. C’est donc une relation coercitive et intéressée qui passe par des actes et des comportements.

Personne n’est à l’abri de subir des manigances manipulatrices et chacun peut, à certains moments, utiliser des paroles, des attitudes ou des gestes visant à manipuler autrui. Ceci étant dit, il est très légitime de tenter d’obtenir ce que l’on souhaite et de répondre à ses besoins, mais cette recherche de satisfaction ne doit pas se faire au détriment de l’autre, car on risque de glisser vers l’irrespect et la violence psychologique et morale. Lorsque le comportement manipulateur est dénoncé par la personne qui le subit et lorsqu’il est reconnu par l’auteur de la manipulation; celui-ci peut s’excuser de son attitude et saisir l’occasion pour exprimer ouvertement ce qu’il désire. Cela peut s’avérer une expérience blessante et décevante, mais elle peut, à la limite, permettre de clarifier les besoins de chacun. Toutefois, précisons qu’il y a une grande différence entre utiliser à l’occasion certaines ruses pour obtenir quelque chose et être un manipulateur, qui relève de modus operandi!

Ce qui devient particulièrement pathologique, destructeur et inadmissible c’est lorsque la manipulation est répétitive, qu’elle soit niée ou devienne une façon d’être en relation plutôt que de demeurer une astuce de « dernier recours » ou un accident de parcours. Pour le manipulateur, les manœuvres perverses sont devenues une façon d’être et un système de défense souvent inconscient.

Isabelle Nazare-Aga, psychomotricienne et thérapeute comportementaliste, dresse brièvement dans son livre Les manipulateurs et l’amour, le profil du pervers de caractère en le comparant à celui du manipulateur dit « classique », dit le « pervers narcissique », car il convient de ne pas les confondre. Environ 20 % des manipulateurs seraient de vrais pervers de caractère.

« La manipulation est une manoeuvre qui vise à dominer une autre personne pour en retirer certains avantages. » L’acte manipulatoire: ‹‹ une action violente et contraignante, qui prive de liberté ceux qui y sont soumis. Dans ce sens, elle est déshonorante et disqualifiante pour celui qui met en œuvre de telles ressources, quelle que soit la cause défendue ›› (Breto, L’argumentation dans la communication, p. 23).  Son objectif est de réduire le plus possible ‹‹ la liberté de l’auditoire de discuter ou de résister à ce qu’on lui propose ›› (idem, p.24). Elle repose donc sur une stratégie qui ne fonctionne que lorsqu’elle est masquée, dissimulée; la manipulation passe nécessairement par un message fait pour tromper. La manipulation n’a de sens que lorsque le récepteur offre une certaine résistance que l’on veut vaincre. Manipuler est une façon de convaincre.

La manipulation ‹‹ consiste à entrer par effraction dans l’esprit de quelqu’un pour y déposer une opinion ou provoquer un comportement sans que ce quelqu’un sache qu’il y a eu effraction. Tout est là, dans ce geste qui se cache à lui-même comme manipulatoire ›› (Idem, p.26). Ce serait sur ce point qu’on peut voir la différence fondamentale avec l’argumentation, qui est une autre façon de convaincre. En effet, argumenter pour convaincre consiste à donner à l’auditoire de bonnes raisons d’adhérer à l’opinion proposée ou d’adopter un comportement. A contrario, une personne manipulée ne sait pas pour quelles raisons elle est convaincue.

Construire un message manipulatoire passe donc par une double préoccupation : ‹‹ identifier la résistance qui pourrait lui être opposée et masquer la démarche elle-même ›› (Idem, p.27).

La manipulation peut susciter un état émotionnel chez le récepteur afin de paralyser son jugement, de lui faire accepter le message sans discussion. Citons :

  • la séduction : ‹‹ la raison qui est donnée pour adhérer au message, en l’occurrence le charme, n’a rien à voir avec le contenu du message lui-même ›› (p.80). La manipulation commence quand le charme se substitue aux arguments;
  • la relation d’identification : on réfère souvent à ce phénomène sous l’expression « Il faut qu’il s’identifie à ». La manipulation commence lorsque l’on croit à un message parce que l’on s’identifie à l’émetteur, l’identification se substituant aux arguments;
  • la séduction par le style : le discours est plus convaincant quand il est exprimé avec un style particulièrement subtil ou élégant. La manipulation commence quand la force d’une formule, du style d’un message se substitue aux arguments;
  • la manipulation par la peur et l’autorité : La manipulation commence quand la peur, la menace, l’intimidation se substituent aux arguments. De plus, l’expérience en psychosociologie menée par Stanley Milgram, montrant la soumission de la plupart des sujets à l’autorité de scientifiques, malgré des demandes extrêmes (administrer à un humain des décharges électriques fortes en cas d’erreur).
    La manipulation par l’autorité est particulièrement préoccupante dans le cas des innombrables messages commerciaux destinés aux enfants. ;
  • l’amalgame affectif : on associe des éléments affectifs à l’argumentaire, le message sera augmenté d’une valeur supplémentaire, d’une sensation « programmée », même si on finit par en oublier l’origine. La manipulation commence quand les éléments affectifs se substituent aux arguments;
  • l’effet fusionnel : Le message ne nous arrive pas seul, il passe à travers une relation. C’est à ce niveau qu’on trouve le procédé de répétition. S’il existe une résistance à se laisser convaincre au départ, celle-ci s’émousse vite au fil des répétitions, d’autant plus que le message est simple et utilise d’autres techniques de manipulation.‹‹ Ce qui nous paraît étrange et sans fondement la première fois — parce que non argumenté — finit par paraître acceptable, puis normal, au fil des répétitions. Cette technique crée l’impression que ce qui est dit et répété a quelque part, très en amont, été argumenté. La répétition fonctionne sur l’oubli que l’on a jamais expliqué ce qu’on répète. ›› (Idem, p.94);
  • l’hypnose et la synchronisation : s’utilisent davantage dans les relations interpersonnelles. Il s’agit d’adapter son comportement, son attitude corporelle, le rythme de sa respiration en miroir par rapport à celui que l’on veut convaincre. On lui donne l’impression d’être « comme lui », si bien qu’il se laisse convaincre sans réelle discussion.
  • Le cadrage : proposer un cadrage de la réalité fait partie de toutes nos discussions: nous cherchons à expliquer notre point de vue aux autres, en ordonnant les faits d’une certaine façon, en mettant en avant ceux qui nous touchent le plus ou correspondent à nos priorités. Ainsi on se donne une certaine image du monde, avec des repères stables, qui sont nécessaires pour vivre. Mais ce qu’on appelle la désinformation correspond à un « cadrage menteur ». C’est un recadrage faussé du réel, imposé en connaissance de cause par le manipulateur, afin d’induire en erreur et d’en tirer un avantage. Il s’agit de ‹‹ faire passer pour faits bruts et totalement crédibles ce qui n’est que pures inventions, destinées à cacher les vraies informations ›› (Idem, p.102). Le recadrage abusif est une façon déformée de présenter les faits, quand on sait qu’une présentation honnête ne suffirait pas à convaincre. Concrètement, on peut utiliser des mots « piégés », tendancieux. ais il serait intéressant de chercher dans nos propres façons de parler de ces expressions, qui enferment l’esprit, en attribuant à une personne ou une réalité une « étiquette » réductrice. Breton attire spécialement notre attention sur la tendance à présenter des réalités sociales comme des événements naturels, occultant ainsi leurs causes véritables. Le cadrage contraignant est une véritable stratégie manipulatoire qui fonctionne en deux temps. D’abord faire accepter une opinion ou un comportement qui ne pose pas problème et constitue un détour par rapport au but véritable. Puis se servir de ce premier consentement pour en entraîner un deuxième avec une escalade dans l’exigence.

Il existe au moins trois formes de manipulation :

  1. La manipulation positive ou altruiste;
  2. La manipulation égocentrique : le manipulateur égocentrique n’est qu’à la recherche de son bénéfice personnel, de ses intérêts, sans se préoccuper du désagrément qu’il cause à autrui. Il agit de façon très égoïste. i) Il est très malin, voire rusé, trompeur, c’est un excellent parleur, il « anesthésie » par sa brillance intellectuelle; ii) Il est guidé par le pouvoir, le gain, la reconnaissance personnelle, la renommée;
  3. La manipulation classique;
  4. La manipulation destructrice : il s’agit du « pervers de caractère » à ne pas confondre avec le « pervers narcissique », terme issu du jargon psychopathologique pour désigner le manipulateur classique;

Selon Isabelle Nazare-Aga, la manipulation consiste à contrôler quelqu’un à son insu et l’amener à agir comme on l’entend. Tout cela en utilisant une stratégie qui passe par les sentiments.

Selon « le Chantage affectif » (InterEditions, 1998) de Susan Forward et « Les manipulateurs sont parmi nous » (Les Editions de l’Homme, 1997) d’Isabelle Nazare-Aga, on décline le chantage affectif :

  • le maître chanteur :  Susan Forward distingue quatre types de « maîtres chanteurs » : 1) le bourreau; 2) le flagellant; 3) le martyr; 4) le marchand de faux espoirs;
  • Le cadeau piégé ou le faux cadeau : « Par une utilisation abusive du principe de réciprocité – par ailleurs indispensable à une bonne cohésion sociale –, le « donneur » maintient le « receveur » dans une position de débiteur. « Le problème est que le donneur choisit quand et comment le receveur doit lui rendre la monnaie de sa pièce », explique Isabelle Nazare-Aga.  ;
  • Les fausses croyances : le manipulateur utilise des croyances familiales et sociales afin d’induire chez sa cible un lourd sentiment de faute morale, explique Isabelle Nazare-Aga.

« La culpabilité qu’instille le maître chanteur dans l’esprit de ses victimes mine l’image positive d’elles-mêmes que celles-ci cherchent à construire », explique Susan Forward. Abandon, égoïsme, injustice, trahison sont les points sensibles sur lesquels le manipulateur appuie dans l’intention de faire mal. Il procède souvent par insinuation. Il n’exprime jamais une demande claire et vous réduit à l’impuissance.

Voici un texte intéressant : « Sans vouloir trop généraliser voir stigmatiser, les narcissiques manipulateurs semblent être surreprésentés dans certaines professions (avocats, chirurgiens, vendeurs de tout poil, acteurs, hommes politiques, managers, dans les médias, le showbiz, le commerce, le marketing, la communication, la finance et la publicité).Ces personnes sont attirées par ces fonctions, car elles savent qu’elles obtiendront ‘une scène’ à leur mesure et le statut social qui flattera leur ego. Notons que beaucoup d’entre eux font métier de diriger une équipe, d’attirer l’attention d’un public, de le séduire, le conditionner pour mieux le gérer et le manipuler… Ils aiment particulièrement les postes de pouvoir dans lesquels ils ont peu de compte à rendre, être entourés d’assistants chez qui ils aiment créer une dépendance malsaine en soufflant le chaud et le froid. Se sentir envié, admiré et craint par des subalternes corvéables et déférent, guettant leurs moindres changements d’humeur avec effroi, les combles de bonheur. Pour ceux qui auraient besoin de perfectionner et d’optimiser leurs fonctionnements manipulatoires intrinsèques, des coaches enseignent aux manageurs et cadres dirigeants la communication influente (le terme politiquement correct pour l’art de la manipulation.

Quelle meilleure couverture qu’une profession offrant une garantie de respectabilité? Quel meilleur statut que celui du médecin, prêtre, gourou de tout poil, psychologue, policier, enseignant pour nous sentir en confiance ? Ces professions cachent aussi de nombreux pervers narcissiques qui utilisent leur position de pouvoir que nous respectons selon un schéma social établi depuis l’enfance pour nous duper et nous abuser.

Vendre, c’est être persuasif. Ce n’est donc pas très surprenant de constater que les meilleurs commerciaux sont clairement narcissiques. Sûrs d’eux, soignant particulièrement leur apparence, assez manipulateurs et séducteurs, ayant moins de scrupules dans la compétition et moins peur d’échouer, ils peuvent faire face à des situations difficiles, se battant sans états d’âme, au besoin en écrasant les autres étant sans foi ni loi et en s’attribuant les idées de collaborateurs et tout le mérite en cas de réussite, guère atteinte en cas d’échec, c’est pas de leur faute! Après une phase d’ascension sociale en grande partie due à leur manque de scrupules, leur énorme ambition et l’indifférence à autrui, ils essuient souvent des revers qui parfois les amènent à rabattre de leur superbe et vieillissent assez mal. Le regard neuf des nouvelles générations n’est pas assez admiratif. Leur public habituel se lasse de n’être convié qu’à célébrer leur propre gloire sans contrepartie. Ils s’alarment alors de leur santé dont l’altération vient à point nommé pour justifier leurs défaillances. L’échec de leur vie privée et affective contraste en effet avec leurs illusions de succès. » (Article publié le vendredi 3 août 2007, sur ce blogue).

Le manipulateur manque d’assurance en lui et donc son seul moyen d’exister est d’écraser les autres pour se sentir supérieur. Très souvent, il a lui-même eu un parent manipulateur, donc pour lui la manipulation est le seul moyen de communication qu’il connaisse, et la contre manipulation est le seul moyen de s’en sortir. On observe un environnement propice à cela : souvent, ils ont quelque chose de plus. Ils peuvent être plus grands, plus beaux, plus bavards, précoces au niveau du langage. Cela crée une fascination de la part de l’entourage et l’enfant va alors réaliser qu’il a un pouvoir sur les adultes et il va s’en servir en essayant de les manipuler.  Certains manipulateurs peuvent être pervers dans la mesure où la manipulation va jusqu’à la destruction de l’autre.

On évoque généralement la manipulation  pour parler d’individus ou de groupes de personnes qui par jeu ou sur la base de fondements personnels précis, constructifs  ou non selon leur propre point de vue, essaient de contrôler avec plus ou moins de succès l’esprit d’une personne ou d’un groupe  en les persuadant d’un fait, d’une situation, d’un comportement individuel ou collectif, d’une orchestration d’actes à priori déstructurés, mais pourtant liés par une même volonté de générer dans l’esprit de la ou des personnes visées un avis ou un comportement bien précis. La manipulation s’articule le plus souvent autour d’un objectif précis qui est poursuivi par celui ou ceux qui l’exercent afin d’en retirer un bénéfice immédiat ou décalé dans le temps.

Pour cela, « le manipulateur », appelons le ainsi, essaie de prendre plus ou moins le contrôle de l’esprit de sa ou de ses cibles, il essaie de générer des comportements précis en utilisant différentes techniques de persuasion en essayant de créer un halo concordant de faits, mêmes imaginaires ou déstructurés entre eux. Le manipulateur doit pour cela contrecarrer le sens critique de la ou des personnes visées afin de diminuer ou d’altérer sa capacité d’analyse, de jugement ou de comportement. S’il peut exister certaines formes de manipulations positives ou altruistes, la notion de manipulation est le plus  souvent fondée sur des intentions négatives et pratiquée par des personnes au tempérament égoïste ou malveillant.

La manipulation est très utilisée dans les structures de groupe, dans les entreprises, dans les associations, groupes communautaires ou en politique. Dès que l’on détecte le mensonge, l’omission ou la déformation volontaire d’une vérité ou d’une réalité, on peut légitimement se poser la question d’une éventuelle tentative de manipulation.

Le talent suprême du manipulateur se trouve souvent dans sa capacité à apparaître aux yeux du plus grand nombre comme une personne sympathique dont tout le monde louera le côté avenant. Elle excelle dont dans les habiletés sociales. Le manipulateur prendrait selon elle souvent prétexte de la norme, du  « bon comportement » à adopter en société ou en groupe. Isabelle Nazare-Aga précise d’ailleurs que le manipulateur sait trouver les erreurs ou même les provoquer ou les créer, les défauts également (réels ou fictifs) pour le plaisir de les mettre au grand jour afin que sa victime se sente coupable d’avoir agi autrement qu’elle aurait dû le faire selon le manipulateur et que l’entourage adhère à la démarche pour donner encore davantage de corps à la manipulation-déstabilisation. Le manipulateur, plus que tout autre, ne laisse généralement voir en société que ce qu’il souhaite, puisque son comportement est un véritable rôle de composition. Il est en représentation, à la manière d’un acteur, la plupart du temps. Ceci est destiné probablement à rehausser son image narcissique. Mais plus simplement cela lui permet que ses victimes se sentent dans l’impossibilité de se faire aider pour échapper à son influence; comment révéler certaines turpitudes à des amis ou parents qui ne peuvent en croire le premier mot ? Remarquons d’ailleurs que pour les sociologues, le harcèlement moral peut souvent s’assimiler au contrôle social qui maintient l’individu dans la norme (ce qui est considéré comme
« normal » en particulier dans le cadre du travail).

Dans les rangs des manipulateurs, on peut assez aisément distinguer plusieurs catégories : le manipulateur utilisant autrui sans état d’âme à des fins narcissiques, de pouvoir ou de pure malveillance; le manipulateur s’appuyant sur le mensonge, la séduction, la contrainte ou la force par un effet de contraintes multiples. Dans ce dernier cas, la manipulation peut probablement recéler un goût pour la torture psychique qui peut cacher un trouble psychologique réel et parfois grave.

Le manipulateur cache souvent un tempérament déviant, pervers, rancunier ou envieux dont les origines remontent à l’enfance, à un sentiment de frustration ou à une situation personnelle vécue comme une difficulté insurmontable. Les psychologues sont très fréquemment confrontés à des comportements manipulateurs dans les systèmes familiaux ou socio-professionnels.

Le manipulateur pourrait aisément être de ceux qui s’approprient les idées des autres, de ceux qui font tentative de faire porter par d’autres leurs propres responsabilités, de ceux qui aiment à entretenir le doute ou le soupçon sur des situations ou des personnes, de ceux dont les arguments semblent en toute situation logiques.

SUBIR LA MANIPULATION PERVERSE : L’EMPRISE

À la suite d’une manœuvre de manipulation, on peut éprouver toutes sortes de sentiments : colère, confusion, tristesse, doute, surprise, incompréhension, irritation, etc. Lorsque la manipulation perdure, les effets sont dévastateurs pour la personne qui la subit. La cible n’arrive pas à comprendre qu’un individu puisse à ce point lui manquer de respect et elle développe un sentiment d’irréalité. La personne manipulée commence à douter de ses perceptions, de son jugement, de ses compétences et de ses qualités personnelles, ce qui mine grandement son estime et sa confiance en elle. Le doute répété engendre de la confusion : un sentiment d’inadéquation s’installe alors et contribue ainsi à dévaloriser davantage la cible. Elle a l’impression de ne plus savoir communiquer correctement, se sent coupable, honteuse et a tendance à s’isoler. Les personnes ciblées peuvent développer, en outre, toutes sortes de malaises physiques (somatisation — maux de tête, de ventre, de dos, des problèmes de peau, etc.) et même sombrer dans le désespoir et la dépression.

Être systématiquement et régulièrement confronté à un ou plusieurs manipulateurs ou à une ou plusieurs manipulatrices et au harcèlement psychologique et moral génère une souffrance dont atteste la présence d’un ou de plusieurs des symptômes suivant :

  • un manque croissant de confiance en soi;
  • un sentiment d’infériorité en présence du manipulateur;
  • une perte des repères;
  • une tendance à la rumination mentale des échanges avec lui;
  • des problèmes de sommeil : insomnie, cauchemar;
  • des troubles de l’appétit;
  • la somatisation : maux de tête, douleur abdominale, réactions cutanées, …;
  • état de stress, anxiété, irritabilité, fatigue, états dépressifs;

La somatisation est le processus par lequel un conflit qui ne peut trouver d’issue mentale ou comportementale déclenche dans le corps des désordres endocrino-métaboliques, point de départ d’une maladie organique (Dejours, 1989). Dans la situation de harcèlement psychologique et morale, la répétition pluriquotidienne des brimades, vexations et injonctions paradoxales à valeur d’effraction psychique et suspend tout travail durable de la pensée; nous travaillons de manière incessante à mettre en images, en représentations, en rêvesnocturnes nos idées, nos sentiments, nos émotions. L’autoguérison devient impossible, l’esprit est subjugué. Si penser et agir sont mis en impasse, la somatisation est inexorablement convoquée à plus ou moins long terme. La décompensation est inévitable dans cette situation d’isolement. Car une analyse fine de la situation d’impasse décrite par les patients harcelés met à jour l’isolement du sujet.

« La somatisation est le processus par lequel un conflit qui ne peut trouver d’issue mentale va déclencher dans le corps des désordres endocrino-métaboliques, point de départ d’une maladie organique » (Dejours, 1993).

La peur induit des conduites de domination ou de soumission. Force est de constater que la manipulation délibérée de la menace, du chantage, du harcèlement psychologique et moral est désormais érigée en méthode de management et de stratégies coercitives pour pousser à l’erreur et à la faute, déstabiliser et pousser au passage à l’acte.

La pratique instituée de la violence morale, verbale, de l’humiliation transforme la cible en objet de satisfaction des pulsions sadiques de l’auteur du harcèlement dont la position de supériorité est utilisée pour autoriser l’abus de pouvoir. La peur, affect majeur chez les harcelés, ne la quitte plus.

La manipulation mentale s’appuierait selon nombre d’experts sur différents mécanismes entre autres : dans le registre émotionnel, la peur, l’angoisse, le besoin de reconnaissance, l’amitié désirée ou enviée, le besoin d’amour, le désir, la jalousie conséquence d’une projection du manipulateur en sa ou ses victimes; des pressions répétées ou continues, individuelles ou dans une dynamique de groupe que le manipulateur cherche à contrôler; l’entretien de rôles de type boucs émissaires où un groupe devient persécuteur d’une victime que le manipulateur veut isoler ou maintenir isolée avec l’appui plus ou moins inconscient ou conscient du groupe, etc.

Une mauvaise estime de soi, le sentiment de culpabilité et d’infériorité rendent les individus beaucoup plus vulnérables à la manipulation ou déclencher l’apparition de comportements refoulés qui transforment l’individu en manipulateur ainsi que d’autres facteurs ou contextes tels que : la dépression, un choc traumatique et les situations de perte de repères (perte des parents, mort d’un ou plusieurs proches, maladie, rupture, divorce, perte d’emploi, accusations graves et injustes), une schizophrénie apparaissant, la consommation de certaines substances chimiques, drogues, médicaments, incluant l’alcool atténuant la lucidité semble pouvoir rendre les individus, au moins provisoirement, plus vulnérables à la manipulation mentale ou encore déclencheurs de procédés de manipulation.

LES PARADES À LA MANIPULATION

Quelles que soient l’origine et les intentions derrière la manipulation, il importe d’apprendre à s’en protéger. Pour ce faire, il faut d’abord repérer et reconnaître les comportements qui visent à nous manipuler. Prendre conscience et mieux comprendre le narcissisme et les mécanismes pervers qu’utilise le manipulateur aident parfois à prendre du recul et à mieux se défendre.

Comprendre les stratégies du manipulateur permettrait de développer des stratégies de contre-manipulation, sans avoir l’air de se défendre émotivement, ce qui place en position vulnérable. Paraître indifférent, ne pas répondre plus aux flatteries qu’aux critiques du manipulateur (autrement que par un simple : « merci » ou bien : « c’est toi qui le dis »), plaisanter et montrer une joie de vivre éloigne généralement les manipulateurs. Lorsque l’on doit se défendre contre les assauts d’un supposé manipulateur dans ses relations, il peut être proposé d’agir envers cette personne et seulement avec cette personne, comme elle le fait avec les autres, ce qui peut désamorcer ses tentatives d’influence.

Si l’on est menacé, il peut être recommandé d’éviter d’entrer en discussion avec un individu manipulateur, ne lui révéler de soi-même que le strict minimum, sans parler de sa vie personnelle et en restant flou quand on change ses habitudes, en ne parlant de ses changements qu’à la dernière minute ou mieux en n’en disant rien. Ne pas réagir avant que le manipulateur ne se soit exprimé clairement; faire ressortir justement que sa demande est ambiguë, désamorce volontiers une tentative d’influence. Accumuler des éléments de preuve de ses demandes ou réponses, par exemple écrire et dater ce qu’il dit, ou bien demander une confirmation par courriel d’une demande téléphonique peut permettre de le confondre quand il se contredira lui-même. Évidemment si le manipulateur se sent acculé ou démasqué, il sait souvent prendre un masque ne permettant pas de le confondre définitivement. Comme le révèlent certains experts, le manipulateur vit aux dépens de ses victimes, tout comme le flatteur vit aux dépens de ceux qui l’écoutent.

Il est cependant difficile d’échapper à un parent, un conjoint, patron manipulateur ou un manipulateur chevronné. Chercher à s’en faire un ami est inutile et ne serait que lui donner d’autres occasions de manipuler. Il est parfois nécessaire de lui mentir (ou plutôt : ne pas lui donner des moyens plus efficaces encore pour manipuler) pour éviter les conflits inutiles ou dangereux, de ne pas répondre à ses attentes, d’être imprécis.

Pour se protéger, il devient impératif de ne plus accepter de telles attitudes, de ne plus tolérer le manque de respect et le contrôle de l’autre. Très souvent, la victime doit faire le deuil d’une communication saine et authentique avec l’autre.

Les attitudes qui contrecarrent le manipulateur:

  • l’esprit critique;
  • l’écoute de ses propres besoins et ressentie;
  • l’analyse d’un malaise et l’identification des causes;
  • la capacité de dire « non » et de s’affirmer;
  • conscience de soi;
  • connaissance de soi;
  • le respect de soi;
  • le sens de la répartie;
  • le maintien de la confiance aux personnes qui ont fait leurs preuves dans le passé;
    la méfiance à l’égard de ceux qui critiquent d’une façon ou d’une autre vos proches ou qui instiguent contre eux;
  • la recherche d’informations directement auprès des personnes incriminées par les propos du manipulateur;
  • la force de refuser d’assumer les engagements et les responsabilités d’autrui;
    la colère face à des reproches injustifiés;
  • la persévérance pour obtenir toutes les clarifications jugées nécessaires;

Les attitudes qui mettent fin à la manipulation:

  • regarder la réalité en face et chasser la honte de s’être laissé(e) manipuler;
  • agir pour mettre fin au piège;
  • tenir à distance le manipulateur, si possible, ou prendre de la distance vis-à-vis de ses manigances;
  • afficher l’indifférence face à ses tentatives de dévalorisation, culpabilisation ou déstabilisation;
  • travailler à l’affirmation de soi;
  • arrêter de se justifier et utiliser une phrase du type : « si cela me plaît à moi… « ;
    lister mentalement les contre-arguments lorsque les insinuations du manipulateur vous affectent plus que de raison;
  • se souvenir que les vrais amis agissent pour notre bien, au contraire du manipulateur qui dit mais ne fait pas;
  • rire de l’humour, mais rejeter l’ironie pernicieuse;
  • distinguer la critique constructive de la critique dévalorisante et, face à la seconde, demander à l’interlocuteur s’il a mieux à proposer;
  • prendre la liberté de refuser un service demandé, surtout si vous vous sentez contraint(e); la phrase suivante peut aider : « lorsqu’on pose une question, il faut être capable d’accepter un « oui » comme un « non » sans quoi il faut s’abstenir »;
  • faire respecter ses limites, ses besoins, ses désirs, …;
  • s’opposer au chantage affectif en disant que : « chacun est libre de penser et de ressentir ce qu’il veut »;
  • répondre brièvement;
  • renoncer à vouloir changer une personnalité manipulatrice (vos arguments ou votre amour n’y pourront rien changer).

À cause de cette souplesse défensive qui enlève au sadique la jouissance de la souffrance de l’autre, la pression morale s’intensifiera. Classiquement, plus l’objet se refuse, plus la pulsion d’emprise s’exacerbe. Cependant, le dégagement de la situation d’emprise va résorber le tableau traumatique en quelques semaines.

Le but ultime est de ne plus répondre, d’éviter de trop réagir de façon émotive et de cesser d’argumenter et de se justifier. Graduellement, la personne qui est manipulée doit reconstruire et consolider sa valeur personnelle. Elle doit travailler sur son sentiment de culpabilité, apprendre à s’affirmer et à faire des activités plaisantes pour elle. Il peut être très pertinent d’aller chercher de l’aide et du support afin de briser l’isolement et d’y voir plus clair.

Pour sortir de relations nuisibles et destructrices, il n’y a qu’un mot à retenir : le Respect, le respect de soi et de l’autre, dans la réciprocité.

Une des difficultés à confondre les manipulateurs réside dans le fait qu’ils n’ont que très rarement toutes les caractéristiques des manipulateurs et contrairement aux personnes de leur environnement ou à leurs cibles, ils sont rompus à « l’Art du Masque ». Le vrai manipulateur est souvent atteint d’un problème de personnalité constant qui modifie en permanence sa façon de penser et de se constituer des socles de valeurs nouveaux tout autant que de ne pas être pour partie conscient de son problème. Ces personnes veulent obtenir à chaque fois qu’une occasion se présente, le maximum des autres.

Avec les manipulateurs il n’y que deux types de relations possible : celle de dominant ou de dominé. L’une comme l’autre étant désagréable à la plupart des personnes il serait conseillé de les fuir.

L’objectif de la stratégie c’est apprendre à être un être non influençable en même temps que rester disponible aux autres. C’est également savoir analyser les messages reçus ou bien rester prisonnier de leurs effets, ce qui constitue peut-être une des sources principales d’inégalité sociale aujourd’hui. Face aux messages, nous pouvons adopter une attitude de récepteur actif.

PARADE : LA CONTRE-MANIPULATION

Pour ne pas donner prise au manipulateur, ne cherchez surtout pas à vous justifier, car cela ne ferait que vous fragiliser encore plus.

PARADE : CONFRONTER LE MANIPULATEUR

Ici, il s’agit de renvoyer l’autre à son besoin, donc à sa responsabilité. Plus impliquante, la confrontation risque de vous amener à vous positionner sur la nature du lien que vous souhaitez entretenir avec celui ou celle qui vous manipule.

« Tout reproche exprime une demande indirecte », note Jacques Salomé, auteur de « Pour ne plus vivre sur la planète Taire » (Albin Michel, 1997).

Refuser la manipulation, c’est accepter de passer pour une « mauvaise fille », un « mari égoïste », un « collègue difficile ». Donc, renoncer à une image idéale de soi. Vous y parviendrez en prenant conscience de votre valeur. Et cela se travaille. Vous deviendrez peut-être moins « aimable » aux yeux du manipulateur, mais, en vous libérant de ce regard extérieur, vous gagnerez un bien précieux : votre liberté.

Ne tolérez rien qui risque de nuire à votre santé Pas question d’accepter des demandes qui mettraient en péril votre équilibre physique ou psychique.


HIRIGOYEN, Marie-France. « Le harcèlement moral », Fidion, 1999.

NAZARE-AGA, Isabelle. « Les manipulateurs sont parmi nous », Les Éditions de l’Homme, 1997.

NAZARE-AGA, Isabelle. « Les manipulateurs et l’amour », Les Éditions de l’Homme, 2000.

Poudrette, pascal (2002). « La manipulation : une agression sournoise », Vies à vies, Volume 14, numéro 3, ISSN 1705-0588.

Serrano, Yanick (2009).« L’art subtil et dangereux de la manipulation », http://www.yannickserrano.fr/2009/02/23/lart-subtil-et-dangereux-de-la-manipulation/comment-page-1/.

De la résistance à la manipulation et la persuation coercitive

Au regard de la multiplicité des approches de la résistance, Knowles et Linn (2004) soulignent que « la résistance est un concept avec un noyau net et des frontières floues ». Ils identifient quatre éléments pour appréhender la résistance : la réactance, la méfiance, la vigilance et l’inertie qu’ils relient à la sphère affective, cognitive ou motivationnelle de la résistance.

  1. La réactance, qui est « l’état motivationnel d’une personne dont la liberté est supprimée ou menacée de l’être » (Brehm 1966 cité dans Clee et Wicklund 1980) est activée quand l’influence est directement perçue. Elle est associée à la dimension affective et motivationnelle de la résistance;
  2. La méfiance a trait au soupçon engendré par un message destiné à modifier les attitudes initiales. Les réactions sont ici de nature affective et cognitive;
  3. La vigilance survient lorsque les individus sont conscients d’être la cible d’une tentative d’influence. Ils deviennent alors beaucoup plus sensibles à la qualité des arguments. Cette vigilance renvoie principalement à l’aspect cognitif;
  4. Enfin, l’inertie apparaît quand un message persuasif incite au changement et que l’individu résiste à ce changement;

Pour Sherman et coll. (2004) la résistance se définit comme une réponse d’un individu qui tente d’éliminer ou de réduire l’impact d’une communication persuasive. La définition de Poster (1992) qui est la façon dont les individus ou les groupes pratiquent des stratégies d’appropriation en réponse aux structures de domination.

Le signataire rappelle la simplicité, du moins dans son énonciation, de la finalité de toute manipulation et la persuasion coercitive : modifier des attitudes et des comportements. Pour atteindre cet objectif, les messages doivent persuader le récepteur. On utilise alors diverses stratégies.

Notons que la résistance à la persuasion relève de l’investigation des caractéristiques d’un stimulus et des représentations préalables du récepteur, celle-ci étant plus ou moins stable.

Parmi les premiers travaux reliés à la résistance à la persuasion, stricto sensu, on trouve McGuire (1964 dans Eagly et Chaiken 1993) et sa théorie de l’inoculation. Le principe repose sur l’analogie biologique de la vaccination. Un message négatif de faible impact à l’encontre d’une opinion immunise l’individu contre des actions de persuasion plus intense et développe sa résistance.

Deux grandes catégories sont source de résistance à la persuasion. La première dite motivationnelle recouvre les menaces contre son image de soi, la menace de perte de sa liberté ou la remise en cause de ses attitudes. La seconde dite cognitive repose sur le lien entre ses attitudes et ses autres cognitions. Toute tentative de persuasion qui est décodée comme pouvant déstabiliser l’équilibre du système entraîne une résistance (Eagly et Chaiken 1993).

Les travaux de Albarracin et Mitchell (2002 cité par Briñol et coll., 2004) mesurent la « confiance défensive » des individus. Le principe est que les personnes confiantes dans leurs capacités d’argumentation (forte confiance défensive) ne cherchent pas à éviter les communications perturbantes à l’inverse des individus peu confiants dans leurs aptitudes (faible confiance défensive). Toutefois l’effet contextuel peut atténuer momentanément une forte capacité à résister ; une pression sociale jugée comme valorisante (recherche de consensus dans une assemblée, image dans un groupe) peut conduire à être plus perméable aux tentatives de persuasion.