Violence psychologique et morale

Les manipulateurs sont parmis nousQuand on parle de violence, on pense avant tout à la violence directe ou violence physique, qui est identifiable par tous. Les spécialistes de la violence, et de la victimologie commencent à tenir compte de la violence et de la maltraitance perverse; tel que la violence psychologique et morale, de la violence indirecte, de l’agressivité passive, et de la maltraitance perverse, même si celle-ci est rarement sanctionnée.

À côté de ces formes reconnues de violence, la violence perverse est beaucoup plus subtile et est difficile à repérer. La violence psychologique et morale (violence perverse) est plus masquée et plus commune. Elle prend le visage du quotidien, du conjoint, du voisin, du collègue, du patron, du locateur d’un logement, etc. Elle est dangereuse parce qu’elle agit de façon souterraine sans laisser de traces tangibles. On n’est d’ailleurs pas sûr de sa réalité.

La violence psychologique et morale (violence perverse) est un phénomène de destruction insidieuse réalisé par un ou plusieurs individus sur un autre individu, au moyen de procédés et de stratégies indirects, avec des gestes ou des paroles de mépris, de dénie, d’incurie, d’abus de droit, d’humiliation et de disqualification, ceci de façon fréquente et sur une longue période.

La violence perverse, c’est le refus de l’autre en tant que personne, c’est le refus de l’altérité. La cible est régulièrement acculée, mise en état d’infériorité, soumise à des manœuvres hostiles ou dégradantes, jusqu’à ce qu’elle craque et tombe malade. C’est une violence asymétrique où l’un domine l’autre qui n’a aucun moyen de se défendre. La violence perverse est difficile à repérer et donc à dénoncer, car c’est une violence déniée. C’est une violence exercée pour la bonne cause.

Lorsque la violence perverse vise un enfant, elle prend bien souvent le masque de l’éducation et de la maltraitance: « C’est pour ton bien » [1]. Il s’agit de le faire obéir par la terreur ou la séduction au lieu de l’éduquer et de lui donner des repères. Le déni de la violence par l’adulte agresseur et la surdité psychique des témoins viennent étouffer la parole de l’enfant.

Le propre d’une agression perverse est d’entraîner l’autre dans la confusion, de l’amener à perdre ses repères, à ne plus savoir ce qui est bon pour lui ou ce qui ne l’est pas, ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Si cette violence est cachée, c’est parce que les cibles, d’une part, ont honte de supporter d’être traitées de cette façon, et d’autre part, se sentent coupables de ce qui leur arrive, comme leur agresseur essaie de le faire croire.

Le pervers essaie de pousser sa victime à agir contre lui-même pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise » (rebelle, réfractaire, etc.). Ce qui importe, c’est que la victime paraisse responsable de ce qui lui arrive, qu’elle ait une mauvaise image d’elle-même, ce qui renforce sa souffrance et sa culpabilité.

Les agresseurs pervers savent très bien trouver les blessures psychologiques, les insultes, les injures ou les menaces qui feront réagir leur victime à coup sûr. Ils pourront ensuite faire en sorte que les réactions incontrôlées de la cible soient repérées de tous, et se présenter eux- mêmes en victimes d’un « fou » excité. Pour un observateur extérieur, toute action impulsive de la cible, surtout si elle est violente, est considérée comme psychopathologique. Celui qui réagit à la provocation de cette manière apparaît comme responsable de la crise.

Si la cible se défend et dénonce la situation, elle est catégorisée par l’agresseur comme malade mental, ou de paranoïaque, surtout si celle-ci réagit de manière inappropriée ou si elles développent une somatisation et/ou une psychopathologie en réaction à la violence et la maltraitance.

Marie-France Hirigoyen, comme suite à une formation sur la victimologie aux États-Unis puis en France elle soutient un mémoire intitulé « La destruction morale, les victimes des pervers narcissiques » comme et décrit cette violence cachée, susceptible de mener jusqu’au « meurtre psychique », et ses ravages tant dans les rapports familiaux qu’au travail. Elle oriente ses recherches sur la violence psychologique et publie un essai « Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien » (Syrius 1999). Prise de conscience ou fait déclencheur? Cet ouvrage a suscité un vif intérêt et a remporté un immense succès.

La première alerte a été donnée par Heinz Leymann,  chercheur suédois, qui s’est consacré à l’étude sur le phénomène de foule, dont l’ouvrage « Mobbing : la persécution au travail » (Seuil 1996). Cette détérioration des comportements dans le milieu des années 1990 s’est intensifiée ces dernières années pour se trouver confirmée. Depuis deux ans, elle est devenue une préoccupation sociale forte. En Europe, des professionnels (médecins du travail, juristes, syndicalistes, psychiatres, psychologues et psychosociologues) se sont mobilisés et des associations se sont créées afin d’aider les cibles.

Par exemple, le harcèlement moral a toujours existé en milieu du travail; désigné sous le terme de psychoterreur ou « mobbing », il peut prendre des formes diverses, son interprétation et sa signification ne doivent pas être galvaudées à toutes les sauces et dans toutes les occasions. La nouveauté. C’est l’approche qui, aujourd’hui, met en avant une violence engendrant une souffrance psychique et mentale, désignée sous le terme de harcèlement moral au travail. Ces situations de violence résultante en souffrance étaient déjà en partie connues. Mais c’est l’émergence de la parole des personnes ciblées qui à permis d’identifier les maux dont l’origine se trouve dans les agissements volontaires ou involontaires que des personnes ou des groupes, dans des situations de travail identifiables, et des organisations de travail observables, sont capables de faire subir à un ou plusieurs de leurs collègues.

Les travaux de Marie-France Hirigoyen mettent à jour les principales dimensions de ce phénomène. L’objectif est d’aider à mieux appréhender un sujet difficile où il est parfois délicat de cerner les éléments objectifs et le ressenti qui l’est moins. De soutenir tous ceux qui réagissent face à des actes inadmissibles. En évitant l’écueil de la « victimisation » sans issue de celles et de ceux qui ont à se plaindre. Le voile est levé; plus de doute quant à la réalité du problème. Obliger les entreprises et les pouvoirs publics à mettre en place des politiques de préventions.

Toute société est confrontée à la régulation sociale des rapports humains, des liens sociaux qui se construisent entre les personnes. C’est l’objet des règles de conduite qu’elle se donne, que celles-ci soient explicites ou implicites. En groupe, en famille, au travail, nous sommes soumis à des contraintes sociales. Pratique insipide, dont les agissements hostiles peuvent sembler anodins. Mais leur répétition au quotidien peut affecter gravement la personne et avoir des répercussions importantes sur sa santé, physique et psychologique, et même la conduire jusqu’au suicide.

Éviter de confondre violence perverse ou harcèlement moral avec les situations de stress ou les conflits habituels dans les entreprises. La violence perverse est une agression insidieuse qui n’est pas nommée ou que l’on ne parvient pas à repérer. De la clible, on pensera qu’elle est fragile, vulnérable, malade mentale, ayant une pauvre santé mentale, déprimée, voire complètement cingler ou hystérique, au lieu de chercher les causes d’un tel état. L’agresseur, lui, niera. Sommé de s’expliquer sur son comportement, il déclinera toute responsabilité, de façon à désarmer sa cible de la disqualifier.

Le harcèlement moral peut être la conséquence d’une situation conflictuelle qui s’est dégradée ou une stratégie délibérée pour se débarrasser d’une personne. Une absence de soutien ou de reconnaissance, de la part des personnes en situation d’autorité ou des institutions, est un des facteurs aggravants des effets du harcèlement moral. La souffrance physique est visible. La souffrance psychique, silencieuse et cachée, laisse peu de prise à une approche objective.

Pour en savoir plus, télécharger le document de format PDF : Agression et violence humaine


Sources

[1] Miller, Alice (1985). « C’est pour ton bien », Aubier Montaigne, 320 pages.

Référence

Dejours, Christophe (1998). « Souffrance en France », Seuil .

Dejours, Christophe (1980). « Travail usure mentale », Editions Bayard.

Ravisy , Philippe (2000). « Le Harcèlement moral au travail », Delmas Express.

Balicco , Christian (2001). « Pour en finir avec le harcèlement psychologique », Editions d’organisation.

Leymann, Heinz (1996). « Mobbing : la persécution au travail », Paris : Seuil , 231 p.

Eiguer, Alberto (2004) , « Le pervers narcissique et son complice », Éditions Dunod.

O’Briens, Martiale (2002). « Le pervers narcissique », Édition Le Manuscrit.

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