Du système familiale et du bouc émissaire

L’approche systémique consiste donc non à considérer les objets individuellement, en analysant leur contenu, mais à les observer dans leur réseau relationnel, dans leur contexte. Il ne s’agit pas d’un point de vue microscopique mais macroscopique.

La pensée systémique repose sur le raisonnement holistique consiste dans la prise en compte du contexte, ou du champ, dans sa totalité. Cela inclue une attention portée aux relations entre l’objet focal et le champ, et une préférence pour expliquer et prédire les événements sur la base de ces relations. La pensée holistique est dialectique et s’appuie sur un savoir acquis par l’expérience. Elle met l’accent sur le changement, la contradiction et la nécessité de prendre en compte des perspectives multiples. Le raisonnement analytique implique un détachement de l’objet de son contexte et montre une tendance à se focaliser sur les attributs de l’objet afin de l’assigner à des catégories. Le raisonnement analytique se manifeste par une préférence à expliquer et prédire le comportement en appliquant des règles à ces catégories. Les inférences montrent une décontextualisation du contenu et de la forme et un évitement de la contradiction. La pensée analytique se trouve plus répandue dans les cultures ou l’individu est vu comme une entité indépendante alors que la pensée holistique est plus fréquente dans les cultures où l’individu se trouve dans des relations d’interdépendance plus prononcées.

La théorie systémique veut que tous les membres de la famille font partie d’un système, où chacun influe l’un sur l’autre. La famille constitue un système (ensemble d’éléments reliés entre eux et exerçant une influence les uns sur les autres) homéostasique (toujours à la recherche d’un équilibre et d’une stabilisation). Elle constitue donc un système interactionnelle « stable » et persistent dans le temps, qui ne veux pas dire sain, à laquelle aucun membre de la famille ne peut échapper. L’harmonie et la cohésion et l’évolution de la famille avec le contexte est fonction de la souplesse des capacités adaptatives de cette dernière, et de chacun de ses membres.

La famille est une institution — hierarchique (forme et structure sociale relevant de l’entité groupale) — dont les interactions s’articule autour de 4 notions interactionnelle :

  • Les liens conjugaux;
  • Les liens de filiation;
  • Les liens de fratrie;
  • Les liens de parenté;

La famille est donc un équilibre entre synchronie (équilibre entre socialisation et individuation) et diachronie (équilibre entre maintien et changement) relationnelle. Également, la famille elle même entretien des liens avec son environnement sociale.

La violence parentale (mâle et/ou femelle) affecte nécessairement l’ensemble du système familiale.

Un dysfonctionnement familiale tel qu’une psychopathologie parentale ou mauvaise communication engendre une dynamique relationnelle pathologie et en particulier la tendance à créer un bouc émissaire, le « mouton noir », victime des projections négatives des autres membres du système familiale. La famille est un système homéostatique : celui qui y est catalogué comme malade n’est que le porteur du symptôme d’un groupe en état de dysfonctionnement.

Imaginons que, dans une famille donnée, se manifeste un problème : un des enfants fugue ou se drogue, ou, moins dramatiquement, voit ses résultats scolaires baisser. La mère déprime, le père n’est jamais là ou travaille trop. On sera tenté d’étiqueter le per- sonnage porteur du symptôme comme malade et d’entamer avec, pour, ou contre lui une thérapie analytique et individuelle sous prétexte que son comportement lui porte préjudice et qu’il hypothèque l’équilibre de la cellule familiale.

Peut-être, sorti de son milieu (de son contexte), dans le cadre d’une cure ou d’une formation, le malade va-t-il faire des progrès, mais il est bien probable que, dès son retour, il connaîtra des rechutes ou qu’un autre membre de la famille prendra le relais, parce que les conditions d’apparition du symptôme sont à nouveau réunies et que le comportement déviant n’est pas le signe qu’un individu perturbe le système mais le signe que le système fonctionne à ce prix.

Le malaise est assumé par le bouc émissaire. « Quand on se dispute, c’est à cause des enfants », dira-t-on dans la famille.  Cette pratique très générale de la recherche du bouc émissaire, de la victime expiatoire, relève de la pratique des jeux de victime, analysée en analyse transactionnelle

Désigner un malade coupable (bouc émissaire), et même de le rendre malade, permet au groupe de rester dans une relative harmonie : chacun, même la victime, y reçoit des signes de reconnaissance, le temps et les relations y sont structurés par les nécessités de la gestion de la dynamique du groupe, fût-ce au détriment de l’activité rentable, constructive de la famille, du groupe ou du service. Puisqu’il existe un coupable désigné, les autres membres du système peuvent se définir comme « en bonne santé ». Que les accusations soient fondées ou non, c’est l’accusation stéréotypée qui autorise et facilite cette croyance en jouant un rôle médiateur.

Ainsi, le Bouc Émissaire est «personne rendue responsable de toutes les fautes, de tous les torts ». Ceci permet de désigner une personne comme responsable d’un dysfonctionnement spécifique, sans que les accusations soient prouvées, et cela rassure tout le monde. En effet, le Bouc émissaire est celui qui « porte le chapeau » pour autrui, en lieu et place des responsables. Il y aurait une tendance commune à tout homme, c’est le besoin de désigner des boucs émissaires pour expliquer le malheur ou les catastrophes.

Selon le psychosociologue René GIRARD, la notion de bouc émissaire apparaît, alors, comme « nécessaire » à l’équilibre d’une société. Pour René GIRARD « bouc émissaire désigne simultanément l’innocence des victimes, la polarisation collective qui s’effectue contre elles et la finalité collective de cette polarisation ». Lorsque cette situation d’attribution des fautes se met en place dans un groupe, cela implique la présence de « persécuteurs »qui sacrifient une ou plusieurs victimes innocentes en vue de l’élimination d’un phénomène réel ou imaginaire.

« En prenant un élève comme bouc émissaire d’une situation, cela lui permet d’éviter un éclatement plus général de la classe ». Chez les élèves désignés comme bouc émissaire, les stéréotypes de la persécution énoncés par René GIRARD.

Lorsque le groupe a identifié le responsable de tous ses tourments, il ne lui reste plus qu’a le sacrifier (symboliquement ou physiquement). La violence se polarise contre le bouc émissaire. C’est donc bien le bouc émissaire qui ramène l’équilibre au sein du groupe. Le rôle du bouc émissaire c’est donc bien d’agir «sur les rapports humains détraqués par la crise, mais il donnera l’impression d’agir également sur les causes extérieures ».

Le mécanisme du bouc émissaire tel que le définit R. GIRARD, implique : une situation de crise, des signes victimaires et des accusations. Si tout le groupe a un même bouc émissaire, cela est dû au désir mimétique.

L’approche systémique se justifie par le fait qu’il faut souvent moins une thérapie dans le système qu’une thérapie du système.


Sources

1. Josien, Michel. (1991, 2002, 2004). « Techniques de communication interpersonnelle : Analyse transactionnelle École de Palo Alto PNL », Éditions d’Organisation, ISBN : 2-7081-3051-X.

2. Girard, R. (1982). « Le bouc émissaire », Biblio essais, Grasset et Fasquelles./p>

3. Moncef,  G. (1981). « Les punis de la société », Les éditions de la société de Recherche en Orientation Humaine inc, Montréal.

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