Le harcèlement morale

« Aussi longtemps que tu ne cesseras de grimper, les marches ne cesseront de monter en même temps que s’élèvent tes pas. » Kafka, le procès.

Le harcèlement moralLe harcèlement moral est un phénomène de destruction insidieuse réalisé par un individu sur un autre individu, au moyen de procédés indirects, avec des gestes ou des paroles de mépris, d’humiliation, et de disqualification, ceci de façon fréquente et sur une longue période. Il s’agit d’une violence asymétrique qui refuse l’autre en tant que personne. Non seulement elle est niée par l’agresseur, mais aussi par l’entourage.

Les symptômes d’appel chez la victime sont un comportement auto-destructeur avec des troubles psychosomatiques graves et un état dépressif réactionnel. Les victimes peuvent être acculées à une violence en retour. Les agresseurs sont le plus souvent des pervers narcissiques ou manipulateurs caractériels en soif de pouvoir et qui exerce un pouvoir.

Dans le dictionnaire, harceler signifie attaquer, tourmenter quelqu’un sans répit. Le verbe harceler met l’accent sur un critère qui semble tout à fait central puisqu’il fait référence à la notion de fréquence ou en d’autres termes, de répétition. Harceler une personne signifie donc la « tourmenter, l’inquiéter par de petites, mais de fréquentes attaques. Dans le domaine militaire, on harcèle également ses ennemis afin de les “inquiéter, de les fatiguer par de fréquentes attaques”. Le harcèlement présuppose donc une régularité d’un certain type de comportements dans le temps avec l’objectif de faire céder l’autre. L’objectif recherché “faire craquer la cible”.

Le harcèlement moral est un des moyens généralement utilisés d’imposer la logique du groupe.

Le harcèlement moral est constitué d’un ensemble de comportements plus ou moins hostiles, exprimés ou latents, pouvant mettre en danger l’équilibre psychologique et la santé physique d’une personne. Cet acte peut être conduit par une personne ou un groupe, il ne prend son sens que dans la durée.

Les psychiatres définissent le harcèlement moral est un comportement dont l’objectif est la mise à mort symbolique de la victime “meurtre psychique”. Elle relève de tentatives répétées et persistantes d’une personne ou d’un groupe afin de tourmenter, briser la résistance, frustrer ou obtenir la réaction d’autrui ( Brodsky, 1976).

Heinz Leymann définissent le harcèlement moral comme “Toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits unilatéraux de nature à porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychique d’une personne et mettre en péril son emploi ou à dégrader le climat de travail”. Autre définition selon le même auteur, Le harcèlement moral Attitude visant à priver de toutes ses possibilités professionnelles et sociales une victime désignée”.

Pour Marie Grenier Peze, “Le harcèlement est une technique de destruction qui vise de manière délibérée la décompensation du sujet afin d’obtenir sa reddition émotionnelle”.

Pour Marie France Hirigoyen le harcèlement relève de “Toute action (geste, parole, comportement, attitude …) qui porte atteinte par sa répétition ou sa gravité, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’un ou d’une salariée[1]”. Autre définition selon le même auteur, le harcèlement morale relève de “Toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits unilatéraux, de nature à porter atteinte à la personnalité à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychique d’une personne et mettre en péril l’emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail[2]”.

L’attaque récurrente à l’estime de soi, à l’identité, la mise systématique en situation de justification, le “climat persécutoire”, devient des leviers traumatiques puissants. Le harcelé réagit par une hyper vigilance, un surinvestissement de la qualité de son travail. Cet activisme est défensif, le sujet se sent usé, humilié, abîmé, incompétent, et développe un syndrome de stress post-traumatique.

Affects intenses de peur et de terreur, état de qui-vive, anxiété avec manifestation physique, cauchemars intrusifs, réveils en sueurs, insomnie réactionnelle, retour en boucle des scènes d’humiliation, pleurs fréquents, désarroi identitaire spécifique portant sur le bien et le mal, le vrai et le faux, le juste et l’injuste, position défensive de justification, perte de l’estime de soi, perte des compétences, restriction de la vie sociale et affective, atteintes cognitives (mémoire, concentration, logique), atteintes somatiques (amaigrissement, boulimie, désorganisations psychosomatiques de gravité croissante).

Le harcèlement moral est une véritable technique de destruction qui vise délibérément la décompensation du sujet afin d’obtenir sa reddition émotionnelle à des fins économiques ou de jouissance personnelle. Attaque du corps et effraction psychique grave, il a pour but ultime la désaffiliation du sujet de la communauté d’appartenance.

Interrompue à temps, la situation de harcèlement demeurera une parenthèse noire dans la vie d’un sujet. Si elle est poursuivie trop longtemps, les séquelles psychiques et somatiques peuvent être définitives et constituent un enjeu de survie individuelle et de santé publique majeur. Un travail devra se faire sur les atteintes identitaires, l’effondrement dépressif, la décompensation somatique ; il sera nécessaire d’énoncer le vrai et le faux, le juste et l’injuste à un patient, dont l’organisation éthique, individuelle a vacillé au contact de valeurs devenues contradictoires.

Généralement, le harcèlement moral peut être défini :

  • Un comportement abusif et répétitif qui met en danger une personne : sa qualité, sa santé, son identité, sa vie privée et détruite l’ambiance de travail d’une équipe;
  • Un comportement pervers, un abus de pouvoir, une violence plus ou moins visible, asymétrique et punitive, une volonté de nuire plus ou moins explicites.

Les typologies des situations :

  • Le harcèlement individuel : Ce type de harcèlement est pratiqué dans un but purement gratuit de destruction d’autrui et de valorisation de soi. Le harcèlement individuel est pratiqué par une personnalité obsessionnelle, perverse narcissique ou porteuse d’une pathologie du caractère. Il est intentionnel, vise à humilier, détruire l’autre et a valorisé son pouvoir social ou personnel. L’instrumentalisation des individus et des instances par ces personnalités retarde ou rend impossible la reconnaissance des agissements délictueux, tant leurs procédés peuvent être hostiles, subtils et redoutablement efficaces, surtout face à des individus fortement investis dans leur métier;
  • Le harcèlement institutionnel : participe à une stratégie de gestion de l’ensemble du personnel et/ou de la clientèle  ouvertement impliqué dans la désorganisation du lien social. Le harcèlement institutionnel participe d’une stratégie de gestion de l’ensemble du personnel. Certaines formes d’organisation du travail fixent systématiquement des objectifs de poste irréalistes, générant une situation chronique d’épuisement professionnel et d’insatisfaction devant la tâche à accomplir. Cette surcharge de travail sert à “engluer” les sujets à leur poste, jamais à jour de leur tâche de travail, vulnérables aux critiques et en position de faute prescrite.;
  • Le harcèlement stratégique : stratégique organisé à l’encontre d’un salarié désigné, il est destiné à détourner les procédures légales de licenciement. Le harcèlement stratégique a pour visée la reddition émotionnelle du sujet dont on veut se débarrasser afin de contourner les procédures légales de licenciement : sont concernés les délégués du personnel et syndicaux, les salariés en surnombre dans les entreprises en situation de fusion ou de rachat, les salariés anciens trop coûteux et détenteurs de la mémoire de l’ancienne organisation du travail ou de compétences précises sur l’exécution du travail. Les moyens utilisés pour obtenir l’effondrement des sujets peuvent être “improvisés” dans les petites structures, à partir de la connaissance implicite des ressorts de la cruauté, mais sont généralement “systématisés” dans les grandes entreprises, avec l’embauche de “fossoyeurs” ou “cost-killers”, détenteurs de savoir en sciences humaines et qui exercent leur connaissance du psychisme humain à visée de destruction;
  • Le harcèlement transversal ou horizontal : Le collectif de travail est ici mis en cause, en refusant de remettre en cause l’organisation de travail, la souffrance collective est transférée vers un bouc émissaire. Le harcèlement transversal ou horizontal s’exerce entre “collègues”, sans rapport hiérarchique. Il peut devenir pour une équipe le moyen de ne pas poser la question de l’organisation du travail, mais d’expulser, sur un bouc émissaire, la souffrance collective. L’analyse des phénomènes d’exclusion d’un individu isolé au travail permet le repérage, du côté du collectif, d’une carence organisationnelle non analysée et du côté du bouc émissaire désigné, de particularités de posture vis-à-vis du travail. Le “harceler” est celui qui ne participe pas au déni collectif des conditions de sécurité et de la qualité du travail effectué. Son rapport au travail est souvent plus authentique.

Les niveaux de harcèlement:

  • Harcèlement horizontal, entre deux salariés de même niveau hiérarchique.
  • Harcèlement vertical descendant, le harceleur est de niveau hiérarchique supérieur à la victime;
  • Harcèlement vertical ascendant, la victime est de niveau hiérarchique supérieur au harceleur;
  • Harcèlement mixte, coexistence d’un harcèlement horizontal et d’un harcèlement vertical descendant.

Repérage des techniques de harcèlement:

  • Les techniques relationnelles qui assoient la relation de pouvoir : Tutoyer sans réciprocité, couper la parole, utiliser un niveau verbal élevé et menaçant, faire disparaître les savoirs faire sociaux…;
  • Les techniques d’isolement visent la séparation du sujet de son collectif de travail : par des changements d’horaires des repas pour le séparer de ses collègues habituels, omission d’information sur les réunions…;
  • Les techniques persécutives passent par la surveillance des faits et gestes : Contrôle des communications téléphoniques par ampli ou écoute, vérification des tiroirs, casiers, poubelles, sacs à main du salarié, obligation de laisser la porte du bureau ouverte…;
  • Les techniques d’attaque du geste de travail visent la perte du sens du travail
    Les injonctions paradoxales: 1) Faire refaire une tâche parfaitement exécutée, 2) Corriger des fautes inexistantes;
  • La mise en scène de la disparition : Priver de bureau, de téléphone, de PC, vider les armoires;
  • La reddition émotionnelle par hyper activité : Fixer des objectifs irréalistes et irréalisables entrainant une situation d’échec, un épuisement professionnel…;
  • Les techniques punitives mettent en situation de justification constante : notes systématiques (jusqu’à plusieurs par jour), utilisation de lettre recommandée avec accusé de réception, menaces de procédure disciplinaire montée de toutes pièces…;

Les éléments déclenchants :

  • Liés aux personnes, aux relations interpersonnelles;
  • le refus de l’altérité;
  • la peur: une personne harcelée ne l’est pas tant, pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle laisse imaginé d’elle;
  • envie, la jalousie, la rivalité;
  • la présence d’une personnalité agressive, d’un prédateur;
  • un conflit, un désaccord, une divergence d’opinions;
  • une particularité qui crée une différence et peut susciter une jalousie, entre une personne et son entourage : niveau d’études, aspect physique, culture, religion, situation familiale, sexe.

Références

Leymann, Heinz (1996). « Le mobbing. La persécution au travail », Editions Le Seuil.

Peze, Marie Grenier (2001). « Contrainte par corps : le harcèlement moral », La Découverte – Travail, genre et sociétés, ISSN 1294-6303 | ISBN 2-7475-0373-9 | pages 29 à 41.

Marie Grenier-Pezé, dans Harcèlement et violence, les maux du travail, dossier de la Revue Travail, Genre et Sociétés, La revue du Mage, 5/2001, L’Harmattan.

[1]Hirigoyen, Marie France (1998). « Le harcèlement moral : la violence au quotidien  », Syros.

[2]Hirigoyen, Marie France (2001). « Malaises dans le travail, harcèlement moral . Déméler le vrai du faux », Syros.<!–

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